Cris de colère, appels au secours, propositions concrètes... Au festival d'Avignon, une troupe de théâtre met en lumière les doléances longtemps oubliées des Français, issues des cahiers de revendications nés du mouvement des Gilets Jaunes.
L'initiative fait écho au "Grand débat" de 2019, convoqué par Emmanuel Macron en réponse à la crise des Gilets Jaunes, qui a vu le jour suite à l'augmentation des taxes sur les carburants le 17 novembre 2018. Ce mouvement a très vite transcender ses origines, dénonçant la vie chère, les inégalités et les manquements de notre démocratie.
Les manifestations associées, parfois marquées par la violence, ont conduit l'État à prendre des mesures visant à apaiser cette colère populaire. À la recherche d'un écho à ces voix éteintes, le metteur en scène Stanislas Roquette et le dramaturge Alexis Leprince ont plongé dans les archives de la Somme, explorant les cahiers de doléances de près de 200 communes.
Pour Roquette, ces textes se révèlent être un "matériau extraordinaire" pour le théâtre. Il raconte à l'AFP comment l'envie est née de donner vie à ces voix souvent négligées, oubliées, et à ce qui a été promis de les rendre publiques. Ce projet vise également à faire connaître ce qui pourrait être la plus grande consultation populaire depuis la Révolution française.
La pièce, sobre dans sa mise en scène, commence par une rétrospective de la crise des Gilets Jaunes, avec des vidéos percutantes. Trois interprètes passent tour à tour, incarnant des retraités dénonçant la hausse de la CSG, un couple aspirant à de meilleurs services publics, ou encore une citoyenne appelant à fermer l'Élysée.
Des fragments de lettres manuscrites défilent à l’écran, dont celle d’une mère isolée, demandant à "relever les minima sociaux", ou d'un citoyen citant Victor Hugo. Des extraits de discours d'Emmanuel Macron de l'époque ponctuent la représentation, où le personnage se fait tour à tour moquer et ridiculiser.
Pour Stanislas Roquette, le Grand Débat a redonné sens à la parole citoyenne, remettant en question la perception d'une désaffection pour le politique, et interrogeant la légitimité de cette parole.
La pièce est à découvrir jusqu'au 23 juillet, un rendez-vous à ne pas manquer pour se reconnecter avec ces voix du peuple.







