Lyhanna : un rapport accablant sur le traitement de l'affaire

Un rapport met en lumière des manquements graves dans l'affaire de Lyhanna.
Lyhanna : un rapport accablant sur le traitement de l'affaire
©STEPHANE DE SAKUTIN, AFP - Le Premier ministre Sébastien Lecornu s'exprime lors d'une conférence de presse à l'Hôtel des Invalides, à Paris, le 11 juin 2026

"L'urgence n'a pas été prise en compte". Les enquêteurs de la mission d'inspection ont identifié, ce lundi, plusieurs dysfonctionnements au sein du parquet et de la gendarmerie du Gers, concernant le traitement de l'affaire de la jeune Lyhanna.

Le rapport, élaboré par l'inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) et celle de la justice (IGJ), a été remis au Premier ministre, Sébastien Lecornu, après une série d'une trentaine d'entretiens. Selon le chef de l'IGJ, Stéphane Nöel, le document souligne "un cumul de pertes de temps et une absence de suivi de procédure" aussi bien du côté du parquet que de la gendarmerie, notamment lors de la procédure transmise au parquet d'Auch.

Au cœur des critiques se trouve le traitement d'une plainte déposée en août 2025 par la mère d'une fillette de 10 ans, accusant Jérôme Barella de viols répétés. Étonnamment, cet individu n'a jamais été entendu par les autorités, malgré le fait que la procédure ait été transférée à deux reprises entre la Haute-Garonne et le Gers.

Stéphane Nöel a précisé que cette plainte n'a pas été considérée comme prioritaire, précisant que "le caractère sensible de la procédure n'a pas été relayé". Il a également attiré l'attention sur l'urgence à traiter le dossier, vu les antécédents de Jérôme Barella, assigné à plusieurs plaintes pour agressions sexuelles et viols sur mineurs.

Face à la colère suscitée par le viol et le décès tragique de Lyhanna, 11 ans, l'entourage du garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a annoncé que le rapport sera "publié anonymisé" dans la journée et complété par de nouvelles enquêtes sur les autres plaintes déposées contre Barella.

- Vers de possibles sanctions -

Ces nouvelles investigations pourraient mener à des sanctions éventuelles. Dans une lettre envoyée la semaine dernière aux 10.000 magistrats, Gérald Darmanin a déclaré : "Lorsque des fautes professionnelles sont constatées, personne ne comprendrait qu'il n'y ait pas d'actions". Bien qu'il ait été critiqué pour ses déclarations précoces sur les dysfonctionnements, il insiste sur le fait que ses directives pour prioriser les affaires d'agression sur les personnes n'ont pas été correctement mises en œuvre.

Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a également exprimé sa confiance envers les forces de l'ordre, promettant de veiller à ce que cette affaire ne nuise pas à l'énorme travail déjà réalisé.

L'affaire a engendré de nombreuses mobilisations pour une meilleure protection des victimes de violences sexuelles. Des rassemblements sont prévus devant plusieurs tribunaux ce lundi.

La colère est palpable dans les familles touchées, et l'une d'elles envisage de porter plainte contre l'État pour "faute lourde" et de saisir la Cour de Justice de la République contre Gérald Darmanin.

- Une situation insoutenable -

À l'approche des élections présidentielles, les politiques se livrent à des débats passionnés, allant de la demande de castration chimique obligatoire, formulée par Bruno Retailleau (LR), à des calls pour des crédits supplémentaires pour renforcer le système judiciaire. Manuel Bompard (LFI) a souligné que les solutions individuelles ne suffiront pas si la question des dysfonctionnements structurels n'est pas abordée. Par ailleurs, Marine Tondelier, des Écologistes, a qualifié la situation de "insoutenable", tandis que Sébastien Chenu (RN) a exprimé son inquiétude quant à la continuité de Gérald Darmanin à son poste.

L'exécutif fait face à une pression croissante pour introduire une législation d'urgence, baptisée "loi intégrale", portée par de nombreux députés de la gauche et de la coalition au pouvoir. La présidente de l'Assemblée nationale a insisté pour que cette proposition soit à l'ordre du jour à la rentrée, tandis que Sébastien Lecornu a semblé privilégier une approche globale plutôt qu'une nouvelle législation.

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