Le Parlement a approuvé, le 20 mai, une ouverture partielle du corps électoral en vue des élections provinciales de Nouvelle-Calédonie, permettant ainsi à environ 10 500 natifs, précédemment privés du droit de vote, de participer à ce scrutin déterminant.
Cette décision a été adoptée par un vote final à l'Assemblée nationale en moins de six semaines avant les élections cruciales pour l'archipel. La proposition a reçu un large soutien après avoir été adoptée au Sénat, avec 386 voix pour et 127 contre, en présence du Premier ministre Sébastien Lecornu. Les députés de la majorité gouvernementale ainsi que l'alliance RN-UDR et le PS ont largement fait pencher la balance en faveur de cette initiative, bien que des oppositions viennent des insoumis, écologistes et communistes.
« C'est un petit pas, mais décisif », a commenté Sébastien Lecornu sur X, notant que c'est la première fois depuis l'accord de Nouméa de 1998 qu'une telle mesure est mise en œuvre. Cette question d'ouverture du corps électoral, particulièrement épineuse, avait été l'élément déclencheur des émeutes qui avaient secoué la région il y a deux ans, entraînant la mort de 14 personnes et causant des dégâts estimés à deux milliards d'euros.
Les élections provinciales, qui se dérouleront le 28 juin, sont cruciales pour la Nouvelle-Calédonie où une bonne part des compétences est concentrée dans les trois provinces. Le corps électoral actuel est « gelé », réservé aux individus ayant résidé au moins dix ans en 1998 ainsi qu'à leurs descendants. L’extension de ce corps électoral divise profondément les indépendantistes, inquiets d’une dilution du vote kanak, et les non-indépendantistes qui l'exigent pour des raisons d'égalité.
Le gouvernement s'est basé sur un texte sénatorial permettant à ces 10 500 natifs, incluant des personnes nées après 1998, de voter aux élections provinciales. Arthur Delaporte (PS) a qualifié cet élargissement de « réparation des erreurs de l’histoire ». Sébastien Lecornu a également souligné que ceux-ci ont eu l’opportunité de voter lors des trois consultations référendaires concernant l'avenir de la Nouvelle-Calédonie, et leur exclusion du scrutin provincial est insensée.
Un nouveau défi : la question des conjoints
Une autre dimension de la proposition se concentrait sur l'intégration des conjoints unis depuis au moins cinq ans à un électeur. Cet amendement, plus contesté, a été rejeté de justesse (164 voix contre 163), indiquant une division parmi les députés. Sébastien Lecornu a insisté sur l'importance d'intégrer ces natifs pour envisager un « accord global » après les élections.
Alors que le climat politique est particulièrement tendu, Emmanuel Tjibaou, député du FLNKS, a exprimé des réserves sur la vitesse des décisions gouvernementales, affirmant que vouloir agir « sans l’avis du peuple colonisé » pourrait attiser les tensions.
Les enjeux de ce référendum et le passé tumultueux des relations entre les communautés calédoniennes font de cette étape un moment sensible. Le retour au dialogue après les élections dépendra sans doute des résultats et de la répartition des pouvoirs entre les différents partis.







