Ce mardi, près de 400 pages seront dévoilées dans le rapport tant attendu du député Charles Alloncle, qui vise à "sauver l'audiovisuel public", selon ses propres mots, mais qui est perçu par certains comme un projet de "destruction" de ce secteur essentiel. Ce document, émanant de l'allié du RN, devrait faire l'objet de nombreuses discussions.
Avant même sa sortie officielle, le rapport fait déjà l'objet de controverses juridiques. L'association AC!! Anti-Corruption a déposé une plainte contre X auprès du Parquet national financier (PNF), soulevant des questions sur les potentielles influences entre Alloncle et la direction de Lagardère News, propriété de Louis Hachette Group, où la famille Bolloré est majoritaire. Il est reproché au député d'avoir orienté les discussions en fonction d'intérêts partagés, une accusation qu'il a démentie dans un entretien sur RTL, qualifiant cette plainte de "diversion".
Au cœur de cette affaire, la commission d'enquête de l'Assemblée nationale, créée fin octobre suite à la controverse autour de deux journalistes du service public, a approuvé le rapport controversé avec une faible majorité, 12 voix contre 10. Le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus, a plaidé pour sa publication, arguant que les Français ont le droit de connaître les méthodes en cause.
La publication est prévue pour ce matin sur le site de l'Assemblée, et Alloncle espère que certaines de ses recommandations se traduiront par des propositions législatives d'ici juin.
- Cure d'austérité -
Les informations ayant fuité avant la publication suggèrent des recommandations importantes : la suppression de France 4 et France TV Slash pour redéployer les fonds à une offre diffusée sur France.tv et les réseaux sociaux. Par ailleurs, les chaînes France 2 et France 5 pourraient fusionner, tout comme franceinfo et France 24. Sur le plan radiophonique, Alloncle préconise la fermeture du Mouv', l'antenne de Radio France dédiée à la culture hip-hop.
Ces mesures d'économies pourraient atteindre un milliard d'euros, représentant un quart des budgets attribués à l'audiovisuel public. Ce budget serait réaffecté à "l'entretien du patrimoine" et au désendettement.
D'autres recommandations incluent l'imposition d'une stricte neutralité pour les figures des médias publics, ainsi que la nomination des dirigeants de France Télévisions et Radio France par l'Élysée, une proposition que l'on peut qualifier de "retour à l'ORTF", selon certains critiques.
- Enjeu pour 2027 -
Alloncle se positionne en faveur d'une amélioration de l'audiovisuel public, espérant qu'il soit en meilleure santé lors des élections de 2027, au point d’éliminer toute idée de privatisation. Certes, il n'évoque pas la privatisation dans son rapport, mais elle n'est pas exclue dans la perspective du président du RN, Jordan Bardella.
À l'opposé, les socialistes dénoncent le rapport Alloncle comme un pamphlet idéologique aux partis pris évidents. Le ministère de la Culture, par l'intermédiaire de Catherine Pégard, a exprimé son intention de ne pas rester immobile et de réformer l'audiovisuel public.
Avec autant de tensions et de controverses, il est certain que ce rapport ne manquera pas d'attiser le débat public et politique dans les mois à venir.







