ENTRETIEN. Guerre au Moyen-Orient : un expert analyse les enjeux de la réouverture du détroit d'Ormuz
La situation est-elle toujours aussi tendue sur le marché du pétrole malgré la réouverture partielle du détroit d'Ormuz ?
Philippe Charlez: Actuellement, la tension sur le marché du pétrole n'a pas significativement augmenté. Le prix du baril tourne autour de 100 dollars. Cependant, les capacités de stockage atteignent rapidement leurs limites, ce qui pourrait entraîner la fermeture de puits si le pétrole ne peut pas être exporté via le détroit. Des pénuries commencent déjà à se faire sentir en Inde et au Pakistan, alors que le détroit représente environ 20 % de la consommation mondiale de pétrole.
Quelles sont les implications de l'ouverture partielle annoncée par l'Iran ?
Il est compliqué de prévoir l'impact réel. L'Iran a indiqué que seuls les navires des pays considérés comme amicaux seraient autorisés à passer. Toutefois, la majorité de la flotte mondiale navigue sous des pavillons qui ne sont pas directement liés à cette situation, rendant le filtrage quasiment impossible. Historiquement, seuls les navires transportant du pétrole iranien pouvaient traverser.
Est-ce que des pressions externes ont joué un rôle dans cette réouverture ?
Il est probable que des pays du Golfe aient exercé des pressions. Leur économie dépend étroitement de l'exportation de pétrole et de gaz. Je suis davantage préoccupé par le gaz, car si la situation s'améliore sur le marché pétrolier, des dommages aux installations de liquéfaction au Qatar pourraient prolonger la crise sur le marché du gaz.
Quels pays pourraient bénéficier le plus de cette ouverture partielle ?
La Chine, le Japon et la Corée du Sud sont en première ligne, étant de gros importateurs de gaz naturel liquéfié. Bien que d'autres pays comme l'Australie et la Malaisie produisent également du GNL, le Qatar demeure un acteur clé avec 20 % de l'approvisionnement mondial.
Cette réouverture peut-elle influencer les prix du pétrole ?
Une réouverture effective pourrait faire baisser les prix, mais si des restrictions strictes sont imposées, l'impact sera limité. Normalement, entre 60 et 70 pétroliers empruntent le détroit chaque jour, alors qu'actuellement seulement quelques-uns arrivent à passer.
Les consommateurs français doivent-ils s'inquiéter d'une hausse des prix du carburant ?
Les prix du carburant dépendent principalement du coût du baril et des marges de raffinage. Actuellement, ces marges sont élevées, en particulier pour le diesel, en raison d'un déficit en produits raffinés, résultant de la fermeture de nombreuses raffineries.







