Le cinéma irakien entre renaissance et défis : l'ambition d'une nouvelle génération

Des réalisateurs irakiens relancent le cinéma malgré les défis économiques et structurels.
Le cinéma irakien entre renaissance et défis : l'ambition d'une nouvelle génération
©AHMAD AL-RUBAYE, AFP - Des vendeurs ambulants se rassemblent devant la façade défraîchie du cinéma Granada, bâtiment emblématique des années 1940, dans le quartier de Bab al-Sharqi, dans le centre de Bagdad, le 2

Porté par le succès international du film "Le gâteau du président" et une nouvelle vague de réalisateurs, le cinéma irakien aspire à retrouver son éclat d'antan, malgré un contexte difficile fait de pénuries de financement et d'infrastructures.

À quelques encablures des anciennes salles de cinéma de Bagdad, aujourd'hui désertées, le réalisateur Ali al-Bayati travaille sur son nouveau projet, rêvant de le porter sur les scènes internationales.

"Rendre vie au cinéma en Irak n'est pas une mince affaire, mais cela reste réalisable", déclare-t-il à l'AFP, tandis que son équipe prépare une séquence d’un film d’horreur prévu pour la fin d'année.

L'histoire du cinéma irakien remonte aux années 40, avec des coproductions notamment avec l'Égypte, atteignant son apogée dans les années 50. Cette période a été marquée par des œuvres emblématiques comme "Saïd Effendi" (1956) de Kameran Hosni, récemment restauré grâce au projet "Iraqi Cinémathèque" soutenu par la France, et présenté lors du festival de Cannes en 2025.

Cependant, l'essor du régime de Saddam Hussein dans les années 70 a transformé le cinéma en outil de propagande. Après sa chute, la scène cinématographique a souffert des violences confessionnelles et de l'émergence de groupes extrémistes.

Dans le cœur historique de Bagdad, les anciens cinémas, autrefois prisés, ne sont plus que vestiges de leur gloire passée : façades dégradées, affiches fanées, et certains lieux reconvertis en entrepôts.

- "Gagner la confiance" -

Cependant, un retour à une certaine stabilité politique et sécuritaire a ravivé l'intérêt des Irakiens pour le cinéma, revitalisant ainsi la scène culturelle de Bagdad.

Un signe annonciateur de ce renouveau est le film "Le gâteau du président", de Hasan Hadi, récompensé à Cannes, qui a récemment trouvé sa place sur les écrans irakiens.

Ce film, qui narre l'histoire d'une petite fille chargée de confectionner un gâteau pour l'anniversaire de Saddam Hussein à une époque de sanctions sévères, captive les spectateurs.

Pour amplifier cette dynamique, les autorités ont lancé un programme d'aide à 58 projets cinématographiques, avec un budget modeste d'environ quatre millions d'euros, ce qui, note Wareth Kwaish, responsable de ce programme, ne suffit pas à financer un projet ambitieux dans d'autres pays.

Le gouvernement s'efforce également de récupérer les archives du cinéma irakien et a signé des accords de coopération avec la France pour soutenir le développement du secteur.

Ali al-Bayati, bénéficiaire de cette aide, aspire à distribuer son film aux États-Unis et en Europe, tout en soulignant la nécessité de "gagner la confiance" du public irakien afin de pérenniser la production.

Néanmoins, les infrastructures restent insuffisantes, les projections se déroulant principalement dans des multiplexes, où les productions hollywoodiennes et égyptiennes dominent.

Le documentariste syrien Abdulhadi al-Rakeb, qui a réalisé un documentaire sur les anciennes salles de cinéma en Irak, souligne que leur disparition a gravement affecté la culture cinéphile irakienne.

Il constate que la fermeture de ces lieux a entraîné une baisse de l'intérêt pour le visionnage de films en salle, affaiblissant ainsi l'idée même de produire des films.

- Un besoin urgent de techniciens -

Malgré ces initiatives, tourner un film en Irak demeure un défi. Comme l'a affirmé le réalisateur de "Le gâteau du président", sa production a nécessité le recours à des techniciens européens, faute de professionnels qualifiés dans le pays. "Les équipes locales ne maîtrisent pas les standards internationaux", a-t-il expliqué, ajoutant que les équipes étrangères avaient souvent du mal à comprendre le contexte culturel irakien, rendant la collaboration plus complexe.

Ce manque de techniciens expérimentés constitue un des principaux obstacles au développement du cinéma en Irak. Hasan Hadi plaide ainsi pour une formation adaptée et une augmentation des ressources financières destinées au secteur.

"De plus en plus de personnes veulent partager leurs histoires à travers le cinéma, mais les ressources demeurent insuffisantes", conclut-il tout en demeurant "prudemment optimiste" quant à l'avenir du cinéma irakien.

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