Ils seraient plus de 10.000 à exercer en France, dans des proportions significatives dans certaines régions. Pourtant, la reconnaissance de leurs diplômes demeure un parcours semé d'embûches, les maintenant dans une situation précaire.
Le président Emmanuel Macron a exprimé son indignation sur le sort des médecins à diplôme étranger, en particulier les Algériens, qui doivent repasser des examens pour obtenir la titularisation. « Ce sont des professionnels remarquables qui œuvrent dans nos hôpitaux, et lorsqu'il s'agit de les titulariser, on les force à recommencer depuis le début... » a-t-il dénoncé. Face à cela, le gouvernement a annoncé son intention d’alléger les procédures pour ces praticiens.
Les critiques ne se sont pas fait attendre, notamment de la part de François Ruffin, qui s’est montré opposé à « l’immigration de travail ». Sur France 2, il a souligné que « l’hôpital repose aujourd’hui sur des médecins étrangers et de jeunes internes exploités. La France doit former ses propres médecins ». Des propos qui ont suscité des critiques au sein de la gauche.
Mais qui sont ces Padhue et quelles sont leurs conditions de travail dans l'hôpital français ?
Des experts sous-estimés
Les Padhue, médecins formés hors de l’Union européenne, exercent en France sans bénéficier des mêmes droits que leurs homologues européens. Qu'il s'agisse d'urgentistes, de gériatres ou de généralistes, la crise du système de santé et la désertification médicale ont conduit à leur recrutement dans plusieurs établissements de santé.
En théorie, ils doivent travailler sous la supervision de médecins titulaires, mais dans la pratique, beaucoup d'entre eux assument des responsabilités similaires à celles des médecins seniors, comme l'indiquent divers syndicats. Le syndicat des internes (ISNI) révèle qu'ils sont souvent soumis à des conditions de travail précaires, avec des salaires nettement inférieurs à ceux de leurs collègues établis.
Une réalité chiffrée
Selon une évaluation de 2024, l’Ordre des médecins a estimé leur nombre à plus de 10.000. « Nous manquons de statistiques fiables » , a déclaré l’Ordre, précisant que ce chiffre résulte de diverses sources. Le ministère de la Santé rapporte qu’environ 4.700 Padhue cherchent une autorisation temporaire d’exercice sans avoir passé le concours, tandis que 7.500 sont en instance de validation après l’avoir réussi.
Concours et procédures laborieuses
Pour faire reconnaître leur diplôme, ils doivent obtenir une « autorisation de plein exercice » via un concours annuel, suivi d'une longue procédure. Selon l’Académie de médecine, ces exigences visent à garantir la « qualité des soins ». Le concours, qui a longtemps mis en concurrence médecins en poste et candidats étrangers, a été réformé en 2025 afin de donner la priorité à ceux déjà dans le système.
Les lauréats commencent un « parcours de consolidation des compétences » (PCC), un stage de deux ans pouvant être réduit, en fonction des conditions. Cependant, cette procédure est souvent jugée inacceptable, maintenant de nombreux médecins dans des conditions de travail dégradantes.
Un statut en question
Un régime dérogatoire avait longtemps permis leur embauche sous divers statuts, rémunérés entre 1.500 et 2.200 € mensuels. Maintenant, un concours est exigé, bien qu’ils puissent demander des autorisations temporaires. La loi Valletoux de 2023 a introduit le statut de praticien associé contractuel temporaire (PACT), permettant aux médecins expérimentés de travailler temporairement avec un salaire de 31.204,37 € bruts annuels.
Une représentation inégale
Au 1er janvier 2026, les anciens Padhue désormais titulaires représentaient 9,2 % des médecins actifs en France, contre 4,1 % en 2010, selon l’Ordre des médecins. Des études révèlent que la majorité provient d’Algérie (38,6 %), suivie de la Tunisie (16 %) et de la Syrie (8,3 %).
La proportion de médecins formés à l'étranger varie d'un département à l'autre : ils représentent 29,1 % des médecins dans l’Eure-et-Loir, alors qu’ils ne comptent que 1,4 % dans les Pyrénées-Atlantiques. Cette situation met en lumière les disparités régionales dans l’offre de soins.
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