l'essentiel
Longtemps considérée comme résiliente face aux sanctions occidentales, l'économie russe commence à montrer des signes d'essoufflement que même le Kremlin ne peut plus ignorer. Selon les analyses du renseignement suédois, la situation serait en réalité plus alarmante que ce que Moscou laisse transparaître, indiquant un modèle économique en grande difficulté.
Pour la première fois depuis le début du conflit en Ukraine, Vladimir Poutine a reconnu une contraction de l'économie russe. Au cours d'une réunion consacrée aux enjeux économiques, le président a annoncé une baisse de 1,8 % du Produit intérieur brut (PIB) en début d'année. Il a souligné que les indicateurs étaient nettement en dessous des prévisions tant des experts que du gouvernement, appelant à des mesures supplémentaires pour relancer la croissance. Poutine a attribué une partie de ce fléchissement à des "facteurs saisonniers" liés à l'hiver.
Malgré une certaine solidité observée depuis février 2022, l'économie russe ne peut plus ignorer les durables sanctions internationales. Bien qu'elle ait profité des dépenses militaires massives en lien avec l'offensive en Ukraine, ces investissements ont également provoqué une inflation préoccupante. Les revenus tirés des exportations de gaz et de pétrole, représentant autour d'un cinquième des recettes de l'État, souffrent désormais de sanctions et d'une baisse des prix mondiaux. Par ailleurs, les attaques ukrainiennes sur les infrastructures de l'énergie pèsent lourds, et ces recettes pourraient atteindre leur niveau le plus bas depuis 2020 d'ici 2025. En conséquence, le déficit budgétaire de la Russie a atteint près de 50 milliards de dollars cette année, un chiffre alarmant.
Une réalité bien plus sombre ?
Dans le but de maîtriser l'inflation, la Banque centrale de Russie (BCR) a progressivement abaissé son taux directeur, atteignant un taux d'inflation annuel d'environ 5,6 % en 2025, contre 9,5 % en 2024. Cependant, les données suédoises suggèrent une réalité plus austère. Dans une interview au Financial Times, Thomas Nilsson, responsable du renseignement militaire suédois, avance que Moscou pourrait manipuler ses statistiques et sous-évaluer son inflation, tout comme le déficit budgétaire, afin de masquer l’impact des sanctions. Selon lui, l'inflation réelle serait proche de 15 %, et Moscou camouflerait environ 30 milliards de dollars de déficits. Il prédit que l'économie russe sera confrontée à deux scénarios : une récession prolongée ou un choc économique majeur, évoquant même une "catastrophe financière".
Cependant, cette analyse n'est pas acceptée unanimement. Le FMI partage des prévisions similaires à celles de la Banque centrale russe, anticipant une inflation à 5,6 % d'ici la fin 2026. Par ailleurs, le pays reste bénéficiaire de la hausse des prix du pétrole liée aux conflits au Moyen-Orient ainsi que de l'allègement des sanctions américaines sur ses exportations de pétrole.







