Dans son dernier ouvrage, Les Lumières sombres, publié chez Gallimard avec la revue Le Grand Continent, le politiste Arnaud Miranda nous entraîne dans un univers obscur où les néo-réactionnaires américains exercent une influence croissante, atteignant même les cercles de décision à la Maison-Blanche.
Aux États-Unis, les grandes histoires démarrent souvent dans des garages. Qu'il s'agisse des groupes grunge ou des milliardaires de la tech, cette légende de l'entrepreneuriat est largement répandue. Au cœur de ce mythe se trouve Curtis Yarvin, figure emblématique des néo-réactionnaires, qui écrivait en 2007 : 'L’autre jour, je bricolais dans mon garage et j’ai décidé d’inventer une nouvelle idéologie.'
Réinventer Georges Dumézil en lisant Tolkien
Armé de ses lectures de Carl Schmitt et Oswald Spengler, sans négliger les références culturelles comme Le Seigneur des Anneaux et Matrix, Yarvin s'est lancé dans une critique audacieuse de la démocratie américaine. Avec son style affirmé et élitiste, il a rapidement gagné en notoriété sur internet, comme en témoigne Miranda dans son livre, le premier à aborder la question en France.
Après la crise des subprimes, ses idées ont trouvé écho dans des sphères variées, des financiers aux écrivains de science-fiction. Comprenant un mélange de libertarianisme et de paléo-conservatisme, sa philosophie a pour objectif de redonner une voix aux élites, défiant ainsi les valeurs démocratiques traditionnelles.
Yarvin critique la 'politique des hobbits', inspirée par Steve Bannon et Donald Trump, tout en célébrant les 'elfes noirs': les élites qui, selon lui, devraient dominer la scène politique. Miranda souligne que cette approche d'une gouvernance forte attire une partie des élites américaines, en quête d’un dirigeant capable d’apporter des solutions rapides à des problèmes complexes.
French theory de droite
Des penseurs comme Hans-Hermann Hoppe notent que le choix de la monarchie pourrait parfois être plus avantageux que celui de la démocratie. En empruntant à des philosophes français contemporains tels que René Girard, les néo-réactionnaires adoptent ce que l’on pourrait appeler une french theory de droite, instiguant des débats au sein des cercles conservateurs.
Cette pensée néo-réactionnaire, qui s'immisce dans les discussions des géants de la Silicon Valley et des décideurs politiques de Washington, prend de l'ampleur. Selon Miranda, les récentes décisions de Trump, y compris sa position sur la guerre commerciale et des propositions controversées pour Gaza, peuvent être attribuées à l'influence de Yarvin.
En adoptant une terminologie religieuse pour parler des académiciens et journalistes promoteurs de la 'société ouverte', Yarvin les qualifie de 'la Cathédrale'. Face à une religion progressiste encore bien ancrée au sommet des institutions, les néo-réactionnaires proposent un contre-modèle, amenant à une réflexion sur la nature même de la gouvernance.
À l'heure où des figures politiques françaises embrassent les idéaux trumpistes lors de grandes conférences, il devient crucial pour la droite française de se questionner sur cette tendance néo-réactionnaire, qui pourrait compromettre les valeurs qui l’avaient autrefois unie.
Arnaud Miranda, Les Lumières sombres, Gallimard 176 pages







