Le parquet de Nice a dévoilé un vaste réseau de fraude impliquant le détournement de près de 3 900 cartes de paiement, initialement destinées aux demandeurs d'asile. Ce stratagème a permis de siphonner environ 5 millions d'euros au cours des trois dernières années, à travers trois commerces opérant dans la ville.
La fraude a été mise à jour en janvier 2025, lors de l'interpellation d'un homme trouvé en possession de plusieurs cartes bancaires provenant de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Selon le procureur de la République, Damien Martinelli, ce dernier réalisait de nombreuses opérations de «cashback», ou retraits en liquide correspondant aux soldes de ces cartes.
Les cartes étaient théoriquement réservées à des achats fondamentaux, permettant aux bénéficiaires de subvenir à leurs besoins pendant les six premiers mois de leur demande d'asile, période durant laquelle ils ne peuvent travailler. La carte ADA (allocation pour demandeur d'asile) octroie environ 200 euros mensuels, ajustables selon la composition familiale.
Les enquêteurs ont observé des retraits intensifs dans trois commerces ayant un lien avec le même propriétaire, particulièrement lorsque l'allocation était versée en début de mois. Une enquête a été ouverte pour «escroquerie en bande organisée» et «blanchiment», sous la supervision du pôle spécialisé du parquet de Nice.
Des analyses des mouvements bancaires ont révélé des transactions totalisant 5 millions d'euros, exécutées via près de 3 900 cartes ADA. Le commerçant prélevait une commission de 10 % sur chaque opération. Les fonds étaient largement transférés vers des destinations comme l'Italie, l'Albanie, l'Allemagne, la Géorgie et l'Ukraine.
Le propriétaire des commerces, âgé de 58 ans et arrêté le 5 mai, a tout de suite reconnu les faits. Des saisies effectuées à son domicile ont révélé plus de 15 000 euros, additionnés à 55 600 euros trouvés dans un de ses magasins. L’ensemble de ses saisies a été évalué à plus de 100 000 euros, incluant deux véhicules.
Déjà connu pour des infractions liées au code de la consommation, le commerçant a été condamné à trois ans de prison, dont un an sous bracelet électronique. De plus, il devra s'acquitter d'une amende de 200 000 euros, perdre son droit d’éligibilité et se voir interdire la gestion d'une entreprise. Son complice, responsable des retraits, a écopé de trois ans de prison avec sursis.







