Le 22 avril dernier, Muhamed Sabally, un Gambien âgé de 20 ans, s'est jeté dans les eaux tumultueuses de la Garonne pour secourir une femme de 18 ans s'étant noyée. Dans un récit poignant, ce jeune homme parle de cet acte héroïque qui aurait pu lui coûter la vie, tout en nourrissant l'espoir d'une régularisation prochaine de sa situation en France.
Ce matin-là, la panique régnait sur les quais du Saint-Michel à Bordeaux. "Je n’ai pas eu le temps de réfléchir", confie Muhamed. À l’entente des cris désespérés, il s’élance vers la rambarde, témoin d’une scène tragique : une jeune femme en détresse, à moitié submergée par les eaux. "J'ai vu sa tête émerger de l’eau. Elle était en train de se noyer," se souvient-il.
Les témoignages de courage et d'altruisme comme celui de Muhamed sont rares. En effet, une semaine après son acte héroïque, le jeune homme avoue avoir nagé durement pendant plusieurs minutes sans succès. "Le courant était trop fort", s'exclame-t-il. Déterminé, il remonte sur la terre ferme, court jusqu’au pont Saint-Jean, puis redescend à l’eau pour tenter un nouveau sauvetage. "Elle était à demi-consciente. Elle a pu me dire merci avant de s'évanouir dans les bras des secouristes", raconte Muhamed, son regard plein d'émotion.
Les pompiers et les policiers, impressionnés par son courage, lui ont assuré qu'ils ne s'attendaient pas à ce qu'il réussisse là où tant d'autres auraient hésité. "Ils m'ont félicité, me disant que j'avais fait quelque chose d’exceptionnel," se souvient-il. Pourtant, aux abords de ce sauvetage salvateur, une réalité sombre l'attendait : Muhamed se trouve sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français.
Issu d'une famille de pêcheurs, Muhamed a quitté la Gambie en quête d'un meilleur avenir. Après un périple difficile comprenant une traversée en pirogue et des voyages à travers l'Europe, il rêvait d'arriver en France, où il espère obtenir une régularisation pour pouvoir bâtir sa vie. "Je souhaitais simplement vivre ici, apprendre la langue, travailler dans les transports en commun", dit-il avec un sourire timide.
La route n'a pas été facile après ses deux tentatives d'asile infructueuses à Paris et Bordeaux. Malgré cela, l'espoir ne s’est jamais éteint. "Je crois qu'il est possible pour moi de rester ici. Mes soutiens ont pris contact avec la mairie pour faire entendre ma voix," assure-t-il. En attendant une résolution de sa situation, ce jeune homme courageux continue d'éclairer ceux qui l'entourent, défiant les attentes de son statut dans cette société.
La France pourrait avoir besoin de héros comme lui.







