Jeudi, le prix du pétrole a de nouveau franchi le seuil symbolique de 100 dollars le baril, exacerbant les craintes inflationnistes au lendemain de l'intensification des conflits au Moyen-Orient. Les marchés de la dette et les Bourses mondiales se retrouvent sous pression.
À 08H30 GMT, le baril de Brent, référence mondiale, enregistrait une hausse de 5,33% à 96,88 dollars, après avoir temporairement dépassé les 100 dollars. Le brut américain, le WTI, gagnait également 4,65% à 91,31 dollars.
Cette montée des prix persiste malgré la décision historique de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) d'allouer 400 millions de barils de réserves stratégiques. Stephen Innes, gérant chez SPI AM, réagit à cette mesure : "C’est comme diriger un tuyau d'arrosage sur un incendie de raffinerie. Le marché peut fléchir temporairement, mais il revient rapidement à la réalité des problèmes fondamentaux."
En effet, Innes souligne qu’en puisant dans ces réserves, les gouvernements envoient un signe inquiétant au marché, indiquant que la situation nécessite des mesures d'urgence.
Parallèlement, l'Iran intensifie ses attaques contre les infrastructures pétrolières des nations du Golfe. Ce conflit, qui a débuté le 28 février avec des frappes américano-israéliennes, a des conséquences potentiellement lourdes sur l'approvisionnement mondial, notamment avec le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, essentiel pour près de 20% du pétrole mondial, selon John Plassard, de Cité Gestion Private Bank.
"Le véritable défi réside dans la logistique et pas seulement dans les niveaux de stock," souligne Plassard, ajoutant que plus les prix du pétrole resteront élevés, plus les effets inflationnistes seront marquants et durables pour l'économie mondiale, comme l'affirme Kathleen Brooks, directrice de la recherche chez XTB.
En Europe, les tensions se répercutent sur le marché de la dette, avec des taux d'emprunt en hausse. Andreas Lipkow de CMC Markets rappelle l'importance de la dépendance de l'Europe envers les importations d'énergie, précisant que l'augmentation des prix constitue un fardeau pour les entreprises et les ménages.
Ce matin, le taux de l'emprunt allemand à dix ans atteignait presque 2,94%, un niveau inédit depuis octobre. En France, ce taux a atteint 3,59%, tandis qu'au Royaume-Uni, il frôle les 4,72%. Ipek Ozkardeskaya, analyste chez Swissquote, mentionne que cette hausse impacte les anticipations des banques centrales, notamment la BCE, qui doit décider de sa politique monétaire sous peu.
Concernant l'impact sur les marchés boursiers, bien que des baisses aient été observées, elles restent modérées. Dans les premiers échanges, Paris perdait 0,58%, Francfort 0,39%, Londres 0,56% et Milan 0,17%. Les indices asiatiques ont également fléchi, avec le Nikkei 225 chutant de 1,04% et le Hang Seng à Hong Kong perdant 0,70%.
Néanmoins, Kathleen Brooks souligne que malgré ces tensions au Moyen-Orient, une débâcle majeure sur les marchés mondiaux n'est pas encore à l'ordre du jour.







