Méricourt (Pas-de-Calais), une voix dans le paysage politique.
À la tête de cette municipalité historique du bassin minier durant vingt-quatre ans, Bernard Baude envisage de céder la place à son bras droit, Fabrice Planque. Ensemble, ils espèrent perpétuer l'héritage communiste de Méricourt, solidement ancré depuis 1919, en dépit d'une montée alarmante de l'extrême droite.
Dans son bureau, rempli de références à l'imaginaire de la gauche, on trouve une citation emblématique de Nelson Mandela et des œuvres de réalisme socialiste. À travers les fenêtres, le célèbre « Bossu », un terril formé par l'extraction minière, rappelle le passé ouvrier de la ville.
Bernard, en posture détendue avec une bière locale à la main, aborde la dernière campagne avec sérénité, une première en vingt-quatre ans. « Il est temps de passer le relais, l'expérience est précieuse, mais l'habitude peut parfois entraver la créativité, » confie-t-il. Au cours de son mandat, il a initié des projets significatifs, comme des écoquartiers et des cantines solidaires, alors que la ville faisait face aux défis de la désindustrialisation.
PCF en tension avec le RN
La menace d'un basculement vers l'extrême droite à Méricourt, autrefois bastion du PCF, est bien réelle. Lors des législatives de 2024, Bruno Clavet du RN a pris l'avantage sur Jean-Marc Tellier (PCF) avec une marge de 13 points, illustrant une inquiétante dynamique locale.
Cette campagne est marquée par une aggravation du duel entre le candidat PCF et le RN, seul en lice face au PCF. « Cela fait longtemps que l’on en discute, » explique Baude, évoquant la montée en puissance de son adjoint Fabrice Planque, désormais tête de liste de la majorité sortante.
Planque, d'abord conseiller municipal, s’est progressivement investi en politique, inspiré par l’implication de Baude. « Bernard a un attachement profond à sa ville et à ses habitants, un engagement qu’il transmet, » souligne-t-il.
« Le bistrot, symbole de résistance »
À quatre jours des élections, Bernard Baude, toujours sur la liste, se prépare à soutenir son adjoint dans le sprint final de la campagne. La journée inclut un apéritif avec des anciens combattants, suivi d’un repas au bistrot local, racheté par la mairie pour préserver un lieu de vie. « Le bistrot représente un espace de contestation face au patronat, un symbole de notre résistance, » explique-t-il.
Pour le maire sortant, organiser ces moments conviviaux fait partie intégrante du rôle municipal, surtout face à la désindustrialisation qui a fragilisé la vie sociale dans les villes voisines.
Il n'hésite pas à attribuer à la fermeture des usines et des services publics l’essor du vote en faveur du RN. Selon lui, « les partisans du RN ont su s’implanter là où l'industrie a disparu, créant un sentiment d'abandon parmi les habitants. »
À proximité de Méricourt, des villes comme Hénin-Beaumont et Bruay-la-Buissière ont déjà cédé à l'extrême droite, faisant craindre un domino électoral dans le bassin minier.
Un besoin de culture et d'identité
Dans cette ville où la culture est florissante, le candidat RN prône une sévère restriction budgétaire. « Pensez-vous qu'une ville comme la nôtre, de 12 000 habitants, n’a pas droit à l’éducatif, à l’esthétisme? » s'indigne Fabrice Planque. Bernard acquiesce, déplorant l'oubli des leçons du passé.
Face aux enjeux de cette élection, Méricourt s’illustre par sa mémoire ouvrière : des événements récents ont honoré le 120e anniversaire de la tragédie minière de 1906. Le jour du vote, un concert de printemps est prévu, marquant les aspirations d’une ville résiliente, au péril de ses valeurs.







