Avec ses dimensions impressionnantes, ce pont-canal figure parmi les "grands projets" européens : il mesurera 1,3 kilomètre, comptera 34 piles et aura une largeur de 45 mètres, le tout s'élevant à 30 mètres au-dessus du niveau de la rivière. Situé près de Cléry-sur-Somme, entre Amiens et Saint-Quentin, cet ouvrage deviendra le plus long de son genre en Europe d'ici 2032.
Construit principalement en béton, le pont soutiendra une partie du projet de canal Seine-Nord-Europe, qui facilitera le transport de marchandises en reliant le bassin parisien au Nord. Le groupement "Canalieau" a récemment été sélectionné pour ce partenariat public-privé.
La Société du canal de Seine-Nord-Europe (SCSNE) indique que ce pont-canal vise à préserver la vallée de la Somme en permettant au canal de surplomber la rivière, évitant ainsi toute modification de son environnement naturel.
Un projet réévalué à 7,35 milliards d'euros
Le programme "Seine-Escaut" bénéficie du soutien de l'Union européenne dans le cadre du mécanisme pour l'interconnexion en Europe, aux côtés de projets tels que le Rail Baltica ou le tunnel du Brenner. Cependant, la mise en œuvre de tels projets soulève souvent des préoccupations, notamment concernant les surcoûts et les retards.
Des critiques émergent également de l'opposition, qui qualifie ce projet de coûteux et souligne les risques de dépassements budgétaires. Des voix s'élèvent pour encourager le financement du fret ferroviaire plutôt que du transport fluvial, s'inquiétant de la viabilité économique dans ce secteur.
À l'origine estimé à 5,1 milliards d'euros en 2019, le projet a subi une réévaluation en janvier dernier, avec un coût désormais de 7,35 milliards d'euros. Cette hausse est attribuée à l'inflation et à des modifications réglementaires, comme l'absence de bénéfices fiscaux pour le gazole non routier. Le début des travaux a été lancé en 2022.
De plus, la Cour des comptes européenne a révélé que les coûts avaient augmenté de 9% au cours des cinq dernières années, tandis que le calendrier accuse un retard de 22 ans avec une mise en service prévue pour 2032.
"Symbole" de développement durable
Les promoteurs du projet le présentent comme un "symbole" de modernité et d'innovation. Vincent Hulot, membre de la SCSNE, explique que pour garantir l'efficacité d'un canal, il est crucial de réduire le nombre d’écluses. Avec seulement six écluses prévues, il serait de loin plus compétitif que le canal du Nord, qui en compte 19.
"L’objectif est de réaliser les biefs (sections entre deux écluses) les plus longs possibles. Les biefs doivent être totalement plats pour assurer une meilleure circulation des péniches," explique Vincent Hulot.
Ce pont est également pensé comme destination touristique, avec des aménagements tels qu'une promenade et un accès facilité par un parking. Toutefois, les opposants s'inquiètent de son impact sur les écosystèmes locaux et l'agriculture, ayant déjà attiré l'attention lors de manifestations aux côtés de la députée écologiste Sandrine Rousseau.
Au cours des deux prochaines années, des études détaillées sur la conception continueront, suivies de travaux prévus entre 2028 et 2031, subjectifs aux autorisations requises—notamment l'autorisation environnementale qui est attendue pour 2024. Jusqu'à 380 personnes pourraient être impliquées dans ce chantier à son apogée.







