Un nouvel horizon se dessine pour l'aviation française avec le lancement de la coentreprise Rebound à Dunkerque. Initiée par Technip Energies, Airbus, Safran et Tereos, cette initiative vise à concevoir des carburants d'aviation renouvelables d'origine non fossile à l'échelle industrielle.
La flambée des prix du kérosène, exacerbée par des crises géopolitiques, redonne une impulsion nouvelle à la filière des carburants durables. Comme l'indique Pascal de Izaguirre, président de la Fnam, « c'est le moment pour reprendre notre souveraineté en misant sur le SAF (Sustainable Aviation Fuel), car il est vital que nous reprenions le contrôle de notre destin énergétique ».
Malgré l'absence de filière solide en France jusqu'à présent, l'État n'ayant alloué qu'un budget de 600 millions d'euros, la situation semble enfin évoluer. L'Europe vise un objectif ambitieux de 6 % d'incorporation de SAF dans les avions d'ici 2030, pour atteindre 20 % en 2035 et 70 % d'ici 2050.
Une réponse aux enjeux énergétiques
Actuellement, seulement 0,8 % du kérosène mondial provient des carburants durables, un chiffre jugé insuffisant par de nombreuses compagnies aériennes. Cette année, l'incorporation de SAF se limite à 2,4 millions de tonnes produites. Toutefois, la montée des coûts énergétiques pousse les transporteurs aériens à explorer de nouvelles sources d'approvisionnement.
Avec Rebound, Dunkerque pourrait devenir un acteur majeur. L'usine envisagée devrait avoir une capacité de production de 160 000 tonnes de SAF par an, propulsant la France en avant sur la scène européenne en matière de transition énergétique. L’éthanol avancé, produit à partir de résidus agricoles, sera la base de ce carburant durable, intégrable directement dans les moteurs existants.
« Nous avons franchi une étape cruciale : le port de Dunkerque a attribué à Technip Energies un site industriel qui facilitera logistique et procédures », ont déclaré les partenaires.
Nathalie Stubler, directrice de la durabilité chez Safran, souligne que « ce projet représente la synergie d'expertises de premier plan, essentielle pour une industrie du SAF compétitive en Europe ».
Un soutien gouvernemental nécessaire
Pour réussir, le projet exige une massification de la production et une réduction des coûts. « Il est crucial que l'État offre un véritable soutien, comme diriger la fiscalité des systèmes d'émission vers le SAF », ajoute de Izaguirre. Air France, quant à elle, affirme que le SAF représente une opportunité majeure, à condition que les prix restent viables pour le secteur. Un Paris-New York avec 20 % de SAF générera une augmentation significative des tarifs, ce qui pourrait entraîner un désintéressement des passagers.
Alors que les prémices d'une nouvelle ère se dessinent à Dunkerque, les acteurs du secteur espèrent que ces initiatives marquent le début d'une filière florissante pour les carburants d'aviation durable en France.







