Au cœur des vignobles girondins, des initiative audacieuses fleurissent. Des vignes laissent place à de nouveaux projets, comme l'introduction de plants de kiwis, une stratégie adoptée par Cécile de Taffin, viticultrice au Château l'Insoumise à Saint-André-de-Cubzac.
"Nous n'avons aucune vision pour l'avenir," confie-t-elle. Alors qu’ils font face à une baisse constante des ventes depuis 2018, Cécile et son mari ont réduit leur vignoble de 25 à 17 hectares et envisagent d’ajouter une production de kiwis pour booster leurs revenus.
"Le marché du kiwi en France est en pleine expansion et pourrait s'avérer plus rentable que la vigne," souligne-t-elle. Ils se lanceront timidement avec un hectare cette année, la trésorerie de leur exploitation étant limitée.
Le Bordelais, connu comme le premier vignoble AOC de France, endure une crise sévère, exacerbée par une consommation en chute libre de vin, notamment des rouges, et une diminution des exportations.
De nombreux viticulteurs, ne parvenant pas à écouler leurs stocks, ont eu recours à des plans d'arrachage subventionnés. En 2023, plus de 20 000 hectares ont ainsi été abandonnés, ce qui réduit la surface totale des vignes à 86 000 hectares, un chiffre jamais vu depuis 1986, d'après le CIVB (Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux).
- "L'impasse de la monoculture" -
La chambre d'agriculture départementale évoque un "effondrement structurel" et conclut que la diversification est essentielle à la survie des exploitations viticoles. C'est le cas de Fabien Bougès, qui a lancé un élevage de 700 poules pondeuses en 2021, se révélant être un rempart précieux pour son exploitation, lui permettant de compenser une perte annuelle d'environ 100 000 euros sur son activité viticole grâce à des ventes d'œufs.
"Un modèle 100% vigne est bien trop fragile," explique-t-il, pointant les faibles marges imposées par la grande distribution, souvent entre 40 et 80%.
D'autres, comme Olivier Reumaux, ayant pris la relève de l'exploitation familiale dans les années 90, ont intégré le maraîchage à leur activité. Cela représente maintenant 50% de son chiffre d'affaires, lui permettant d'atténuer les pertes dans le domaine viticole. "Se réinventer et s’adapter au marché est devenu indispensable," soutient-il.
Géraud Peylet, expert de la chambre d'agriculture, rappelle que la diversification demande bien plus qu'une simple transition. Il faut considérer la qualité des sols et la disponibilité en eau, des facteurs souvent sous-estimés en Gironde.
"Il n'existe pas une solution unique pour toutes les exploitations," poursuit-il. Les aides à l'arrachage du CIVB et des projets de diversification en Nouvelle-Aquitaine, ayant bénéficié de 1,4 million d'euros, montrent que des initiatives collectives peuvent réellement changer la donne.
M. Peylet conclut que la Gironde vit une "révolution agricole qui s'étendra sur plusieurs années", la nécessité pour les viticulteurs de saisir cette opportunité de diversification n'ayant jamais été aussi pressante.







