La candidature d’Emmanuel Moulin à la tête de la Banque de France entre dans une phase décisive le mercredi 20 mai 2026. Ancien secrétaire général de l'Élysée, Moulin se retrouve confronté à des critiques acerbes de l'opposition, qui remet en question son indépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif.
Ce qu’il faut retenir
- Emmanuel Moulin sera auditionné mercredi matin par les parlementaires avant un vote à bulletin secret, qui pourrait bloquer sa nomination si trois cinquièmes des suffrages s’y opposent.
- Les partis de gauche, dont le Parti Socialiste, La France Insoumise et le Rassemblement National, ont déjà exprimé leur opposition, jugeant sa candidature trop proche d’Emmanuel Macron pour diriger une institution qui se veut indépendante.
- Le soutien potentiel des sénateurs de droite et centristes pourrait s'avérer crucial, malgré des accusations d'accord tacite entre l'Élysée et la droite du Sénat, que l'entourage de Gérard Larcher dément.
Va-t-il réussir? Le moment approche pour Emmanuel Moulin, ex-secrétaire général de l'Élysée, auditionné ce mercredi par les commissions des Finances du Sénat et de l'Assemblée.
Sa nomination dépendra du vote des élus : s'il recueille moins de trois cinquièmes des voix favorables, celle-ci sera rejettée. Proposé pour ce poste important par le président de la République, Monsieur Moulin doit succéder à François Villeroy de Galhau, qui quittera ses fonctions début juin. Toutefois, ce choix controversé suscite des craintes, surtout après la constitution de postes clés occupés par des proches d'Emmanuel Macron, comme Richard Ferrand au Conseil constitutionnel et Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes.
Le climat s’est tendu encore plus avec l’annonce des socialistes, qui s’opposent à sa nomination, déclarant qu'il "ne présente pas les garanties d'indépendance politique indispensables à la fonction de banquier central", selon Philippe Brun, député PS.
Soupçons d’un accord entre l’Élysée et la droite du Sénat
Bien que les sénateurs socialistes n'aient pas encore pris de décision officielle, un consensus émerge contre cette nomination, jugée problématique par plusieurs. "C'est le moment de défendre la République et d'empêcher la mainmise d’un homme qui semble agir à la faveur de sa propre influence", a averti un cadre socialiste, mentionnant la "nomination de complaisance", comme l'a rapporté Franceinfo.
Le Rassemblement National voit également dans cette nomination une tentative d’Emmanuel Macron de renforcer son emprise avant 2027. Jean-Philippe Tanguy dénonce cette stratégie, rappelant le rôle de Moulin dans l’escalade de la dette publique.
Trois groupes politiques, dont La France Insoumise, annoncent un vote contre sa nomination. Éric Coquerel, président de la commission des Finances, a exhorté le Parlement à "résister à la pression" et à bloquer cette candidature.
Les regards se portent désormais sur les membres des Républicains, qui pourraient faire pencher la balance. Selon des sources, une majorité de leurs sénateurs devrait voter pour Moulin.
Des rumeurs circulent concernant une entente entre l’Élysée et le Sénat, avec la promesse d’un poste de Défenseur des droits pour François-Noël Buffet, cadre des LR. Cependant, l’entourage de Gérard Larcher a fermement démenti toute forme d'accord.
Pour aggraver encore le débat, le site d’investigation Mediapart a révélé que la direction de la Banque de France aurait préparé des documents pour guider Emmanuel Moulin avant son audition, suscitant des inquiétudes sur son intégrité et celle de l'institution.
La Banque de France rétorque qu'il n'y a eu "aucun traitement particulier" et que tout avait été fait avec transparence. M. Villeroy de Galhau confirme qu’il existait "quelques fiches techniques", mais assure qu'elles n'étaient pas rédigées spécifiquement pour un candidat choisi.
Le ministre de l'Économie, Roland Lescure, défend la légitimité de Moulin, le considérant comme "extrêmement compétent" et non comme un simple recyclage de carrière. Emmanuel Moulin, haut fonctionnaire ayant évolué dans les plus hautes sphères de l'État, a occupé divers postes, notamment comme directeur du Trésor et conseiller économique chez Sarkozy et Macron.







