Le bâtonnet de pomme de terre est autant adoré en France qu’en Belgique, mais l’histoire de sa création demeure floue. L’historien Pierre Leclercq apporte des éléments de réponse.
Écroûte dorée, tendre à l’intérieur, la frite, ce délice frit en huile, jouit d’une immense popularité non seulement en France et en Belgique, mais à travers le monde entier. Chaque seconde, 350 kilos de frites sont engloutis sur notre planète (1). Ce mets intemporel accompagne aussi bien des moules que des steaks. Toutefois, la paternité de ce plat emblématique est revendiquée par les deux pays voisins. Alors, de quelle région provient véritablement la frite ? Pour éclaircir ce débat, nous avons interrogé Pierre Leclercq, historien belge de la gastronomie (2).
Des rondelles à la frite
La déclaration est claire : tant les Français que les Belges ont une passion dévorante pour les frites. Historiquement, leur origine remonte au XVIIIe siècle. À cette époque, des vendeurs ambulants à Paris circulaient avec des bassines remplies de graisse chaude, tandis que la pomme de terre, grâce à Antoine Parmentier, gagnait en popularité. Pourtant, le mariage entre la pomme de terre et la friture n’était pas envisageable : la graisse était rare et coûteuse, limitant ce délice à une élite. Ce n’est qu’à la fin du siècle des Lumières que les marchands ont eu l’idée de plonger des rondelles de pomme de terre dans leur huile chaude, donnant ainsi naissance aux premières frites.
L'avènement du bâtonnet
Il a fallu attendre les années 1850 pour qu'un entrepreneur inventif, Monsieur Fritz, propulse la frite sur le devant de la scène. Après une formation dans un restaurant de Montmartre, ce vendeur ambulant s’est aventuré en Belgique avec son premier fritkot, une baraque à frites. Là, le format en bâtonnet fit ses débuts. Les foires belges et du Nord-Pas-de-Calais applaudissaient ce succès, offrant aux consommateurs un produit croustillant, savoureux et à un prix abordable.
Les différences culturelles
Loin d’être un simple accompagnement, la frite est un emblème culinaire en Belgique. "En France, elle complète le plat, tandis qu’en Belgique, elle se consomme seule dans un cornet acheté à la friterie", précise Pierre Leclercq. Les Belges préfèrent la consommer à la main, tandis que les Français utilisent une fourchette. En Belgique, la préparation implique une double cuisson et des pommes de terre Bintje pour obtenir des frites croustillantes. Alors que la frite est un plat phare en Belgique, le pays abrite plus de 5 000 friteries, ce qui n’empêche pas la France de se défendre avec fierté. Comme dirait le célèbre personnage de bande dessinée Gaston Lagaffe, l’essentiel est de conserver la patate !
(1) Selon Le Grand Livre de l'alimentation, Dr Laurence Plumey, Éditions Eyrolles, 576 pages, 23,90 €.
(2) Pierre Leclercq, historien de l'alimentation, auteur et conférencier.







