"Il y a une vraie souffrance, ça suffit !" Depuis le 31 janvier, Laurence de Mellanville, ainsi qu'une quinzaine d'autres infirmières de l'Yonne, n'ont pas reçu un centime de salaire. Leur employeur, l'association Azalée, fait face à un manque de financement de la part de la Caisse nationale d'Assurance maladie (CNAM), à cause d'un rapport alertant sur des dysfonctionnements. "On est pris en otage", déclare Laurence, qui exerce dans le nord du département. "On vit au jour le jour, on se sent abandonnées."
Sans le moindre salaire depuis deux mois, la situation devient insupportable. "Personne ne se préoccupe de la manière dont on va remplir nos caddies ou de comment on aide nos enfants à étudier," déplore Laurence. Certaines de ses collègues sont contraintes de faire des prêts à la consommation et d'utiliser leurs économies. "Nous avons des mères isolées avec des enfants à charger. On est poussées à bout." Malgré cela, ces infirmières continuent de tenir bon et de s'occuper des patients, en tant que bénévoles.
Les infirmières souffrent, les patients aussi
Danièle, patiente et retraitée, partage son expérience : "Je suis diabétique, hypertendue, avec du cholestérol. Laurence était là pour moi au début de ma maladie. Grâce à elle, j'ai perdu douze kilos et je marche quatre kilomètres tous les jours." Pour Danièle, la présence des infirmières est essentielle. "Elles m'ont donné des conseils précieux, sans elles, je ne serais pas là aujourd'hui." Le docteur Christophe Thibault, de la maison de santé de Migennes, confirme l'importance de leur travail. "Sans elles, on perdrait énormément de temps."
"On tape encore sur la médecine libérale"
Malgré leurs difficultés, les infirmières restent appuyées par une forte "reconnaissance des patients," selon Sandrine Bouisset, soignante dans la région de Migennes. "On ne peut pas dire à nos patients qu'on va les laisser. Ce n'est tout simplement pas possible."
Le financement annuel de la CNAM s'élève à 100 millions d'euros. Face à cette situation, l'association Azalée est en cessation de paiement et risque de disparaître. "C'est un véritable danger pour les soins de qualité qu'on apporte," avertit Sandrine. Les infirmières se tournent vers le tribunal des affaires économiques de Paris pour résoudre la situation, avec une audience programmée le 27 mars. Un redressement judiciaire pourrait permettre de débloquer des fonds pour rémunérer ces soignantes engagées.







