Dans l'Oise, la filière brassicole artisanale fait face à une crise dévastatrice. Le département, qui comptait jusqu'à 25 brasseries dans les années 2010, en dénombre désormais seulement une dizaine, affaiblies par la flambée des coûts et la baisse de la consommation.
« Vous cherchez du matériel de brasseur? Je vends tout! ». C'est le cri du cœur de Benoît-Pierre Scancar de la brasserie DS de Russy-Bemont, qui a mis la clé sous la porte fin 2022. « Nous avons arrêté la production de bières mais nous nous retirons la tête haute. Nous aurions pu persister, mais nous ne voulions pas nous endetter pour une passion », explique-t-il. Fondée en 2021, cette brasserie visait à éduquer les palais aux styles de bières anglo-saxonnes, mais la réalité économique s'est révélée accablante.
L'Oise, comme le reste des Hauts-de-France, avait connu un essor spectaculaire au tournant des années 2015, mais cette euphorie a laissé place à une dure réalité. Aujourd'hui, alors que l'engouement pour les bières artisanales s'estompe, la région ne compte plus que quelques brasseries survivantes.
« Il est temps que je prenne ma retraite »
Autre voix de ce secteur sinistré, Pascal Détrez, de la Petite brasserie picarde, également sur le point de clore son activité, déclare : « J’ai fait de la bière par passion pendant 14 ans, mais il est temps que je prenne ma retraite. Les coûts ont explosé, et malgré une production de 11 000 litres par an, la rentabilité n’est plus au rendez-vous. » Pour lui, le tournant fatidique a eu lieu en 2020, lorsque le marché a commencé à se contracter.
La crise économique a également durement frappé d'autres brasseries dont Saint-Rieul, pionnière de l’Oise. Le responsable commercial, Thomas D’Heygère, révèle que « nos pertes oscillent entre 26 % et 35 %. La clientèleréduit ses commandes, et nous voyons nos partenaires disparaître ». Pour tenter de palier cette situation, la brasserie a réintroduit le système de consigne pour les bouteilles, une initiative qui semble porter ses fruits.
À l'ouest du département, Rémy Juquel, artisan de la brasserie Pap’s, a décidé de continuer son chemin malgré les vents contraires. « Mes charges sont faibles, car je travaille depuis chez moi, mais même mon chiffre d'affaires stagne depuis trois ans », précise-t-il. Le marché a évolué, avec des clients plus prudents et des demandes pour de nouvelles offres, comme la bière sans alcool, dont Rémy ne produit pas pour l'instant.
La situation de la filière brassicole artisanale en France devient de plus en plus inquiétante, alors que de nombreux acteurs du marché ferment leurs portes, laissant derrière eux un héritage de passion et d'innovation. L'avenir de ces brasseries dépendra sans doute de leur capacité à s’adapter à cette nouvelle réalité économique, alors que les consommateurs changent leurs habitudes.







