Bien que la prescription de benzodiazépines ait diminué ces dernières années, elle demeure préoccupante chez les personnes âgées en France. Selon Sylvain Pichetti, Anne Penneau et Marc Perronnin de l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes), ces médicaments exposent les seniors à des risques majeurs tels que les chutes, les troubles de la mémoire et la dépendance.
En effet, en France, le nombre de prescriptions de benzodiazépines chez les personnes âgées est significativement plus élevé que dans d'autres pays de l'OCDE. Bien que leur efficacité soit de plus en plus remise en question, ces médicaments présentent de nombreux effets secondaires indésirables, notamment un risque accru de chutes, des troubles cognitifs, ainsi qu'une dépendance.
Face à ces enjeux, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a initié, en avril 2025, une campagne de sensibilisation pour encourager un usage approprié de ces médicaments.
Une consommation en baisse, mais toujours préoccupante
Bien qu’il y ait une légère baisse des prescriptions, la France reste un pays où la consommation de benzodiazépines chez les personnes âgées est alarmante. En 2022, environ 13 % des seniors de plus de 65 ans ont reçu au moins une prescription inappropriée, représentant une diminution de quatre points par rapport à 2012, mais maintenant, la France demeure l’un des pays avec des taux bien plus élevés qu’en Suède et au Danemark.
Les politiques publiques, telles que la restriction des prescriptions potentiellement inappropriées, ont eu un impact. Cependant, l’analyse des données révèle que des disparités géographiques existent, avec des prescriptions excessives dépassant 23 % dans certaines régions comme la Bretagne et les Hauts-de-France.
Les risques liés à une prescription inappropriée
Il existe deux types majeurs de prescriptions jugées inappropriées pour les personnes âgées. La première concerne les benzodiazépines à longue durée d’action, qui sont fortement déconseillées pour ce groupe d’âge en raison du risque accru de chutes et d’hospitalisations. La deuxième concerne la durée de prescription, qui ne devrait pas dépasser trois mois, selon les recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS).
Les médecins généralistes, qui réalisent plus de 80 % des prescriptions, doivent naviguer entre la connaissance des risques et la nécessité de répondre à des situations d’urgence. L’âge et le sexe des médecins influencent également leurs pratiques de prescription : en général, les jeunes médecins et les femmes semblent suivre les recommandations de manière plus stricte.
Le rôle critique des aidants et des établissements d'hébergement
En période de transition, comme lors de l’admission en Ehpad, la présence d’un aidant familial est déterminante dans la qualité des prescriptions. Une étude récente a démontré que ces aidants sont souvent impliqués dans le suivi médical et, dans certaines situations, leur rapport à la médecine peut engendrer des prescriptions inappropriées de benzodiazépines.
Près de 50 % des résidents en Ehpad ont une prescription inappropriée. Cela est partiellement dû à la transition difficile qu'implique l'entrée dans un nouvel environnement médical. La compréhension des pratiques de prescription entre différents établissements varie, soulignant la nécessité d'une meilleure coordination.
Vers des solutions non médicamenteuses
Il est impératif d'éduquer à la fois les médecins et le grand public sur les dangers des benzodiazépines. Des initiatives pour privilégier des traitements non médicamenteux devraient également être renforcées. Adaptations du logement pour réduire la peur des chutes, activité physique adaptée, et thérapies comportementales sont des solutions qui méritent d'être mises en avant.
Une meilleure régulation des prescriptions dans les Ehpad et un suivi systématique dès l’admission pourraient également contribuer à réduire les prescriptions inappropriées, facilitant ainsi un retour vers des soins adaptés et respectueux de la santé des personnes âgées.







