"Les cyclistes ne laissent aucune chance ici" : en pleine heure de pointe parisienne, Lionel Combacau, 40 ans, navigate entre piétons, cyclistes, et livreurs tout en se confrontant à un parcours de bus chargé de défis.
Accompagné de neuf autres finalistes issus de divers coins de France, il vise à décrocher un des convoités "Bus d'Or", un concours national organisé pour célébrer l’excellence des conducteurs de bus.
Tous les candidats doivent réaliser un parcours en conditions réelles, affrontant le désordre habituel des rues parisiennes. Leurs véhicules circulent sur des pavés, avec de vrais passagers à bord.
La compétition, biennale, est orchestrée par l'Union des Transports Publics et Ferroviaires (UTPF), rassemblant des conducteurs provenant d'une soixantaine de réseaux urbains.
Pendant son trajet, Lionel, attentif, reçoit des conseils précieux du conducteur habituel de la ligne : "Attention à ce carrefour, fais attention à ne pas bloquer la circulation". Ces instructions sont essentielles pour éviter le chaos déjà prévisible.
En plus de la conduite, un couple de clients-mystères évalue ses compétences, de l'amortissement de son freinage à la manière dont il accueille chaque passager, le tout dans un trafic dense et sur un parcours qu'il découvrait à peine.
Le bus transitant devant des monuments emblématiques comme les Invalides et la tour Eiffel, Lionel peut enfin souffler en atteignant les Champs-Élysées, après un service régulier sur la ligne 28.
Il remarque, sur le trajet, que les camions de livraison arrivent rapidement et que certains utilisateurs de trottinettes apparaissent sans prévenir.
- "Ils font ce qu'ils peuvent" -
Au préalable, 60 candidats ont été soumis à des épreuves techniques, y compris des tests de précision et un slalom en marche arrière, ainsi qu'à des évaluations théoriques.
Lionel, qui conduit depuis 17 ans pour Citéa à Valence, participe pour la quatrième fois. Déjà finaliste à deux reprises, il n'a jamais remporté le Grand Prix, marquant sa dernière tentative par une manœuvre défaillante.
"J'apprends sans cesse. Les technologies évoluent vers des bus électriques, mais la mentalité de la société a changé, souvent en mal", souligne-t-il.
Il déplore un certain individualisme des usagers, tout en gardant le sourire.
Côté passagers, Françoise Madelin, une fidèle de la ligne, est ravie d'apprendre qu'elle assiste à un concours. "Je soutiens toujours les conducteurs face aux passagers mécontents", dit-elle avec compassion.
- "Une petite carapace" -
Le jour du concours, les incivilités sont en panne, et les passagers, dans leur majorité, s’échangent des salutations.
Lionel, au fil des années, ajuste son approche avec les passagers. "J réponds à ceux qui me saluent, mais je ne fais plus systématiquement le premier pas".
Son travail, il l'affectionne, malgré des horaires décalés. "Je sais que je rends service", confie-t-il.
À l’avenir, en dépit de l'arrivée annoncée des bus autonomes, Michael Royer, l’organisateur, insiste sur la sécurité de ce métier : "Un conducteur formé peut travailler partout en France".
Le secteur prévoit d'embaucher 100 000 personnes d'ici 2030, incluant 60 000 conducteurs de bus, métro, et tramway.
Cette année, les autres finalistes venaient de diverses villes comme Aurillac, Rouen, et Bordeaux.
Pour Lionel Combacau, cette quatrième participation est couronnée de succès : il a remporté le grand prix.







