«Nos enfants n’ont-ils pas droit à la justice ?». C'est le cri du cœur d'un collectif de parents de l'école Paul-Dubois, à Paris, publié dans Libération. Ils dénoncent l'inaction de la justice, de la police et de la Ville de Paris face à des signalements d'abus, évoquant un système qui a largement échoué à protéger leurs enfants.
Ce scandale a pris de l'ampleur grâce au témoignage de Jules*, un petit garçon de 2019, qui a révélé des comportements troublants de la part d'un animateur, allant d'attouchements à des demandes de "bisous partout sur le corps". Sa mère, Elise*, a rapidement alerté l'école, mais selon ses déclarations, la situation a été minimisée. Une enquête a été ouverte le 9 février, aboutissant à la suspension de l'animateur le 13 février, mais les parents n'ont reçu une notification que plus d'une semaine plus tard, comme l’indique Marie Grimaud, avocate de plusieurs familles touchées.
Des signaux d'alerte méconnus
Les témoignages d'autres enfants signalent des signes inquiétants : rougeurs, comportements sexuels inadéquats et détresses psychologiques. Par exemple, un enfant, bien que propre, a commencé à présenter des cas d'encoprésie. Diane*, mère d'un petit garçon victime, raconte comment ils ont compris que quelque chose n'allait pas lorsque son fils a commencé à pleurer avant d'aller à l'école et à évoquer des secrets avec son « ami » à l'école.
Initialement, les plaintes ont été traitées avec désinvolture par la police. Dans une déclaration relayée par Mediapart, l'enquête a été classée sans suite en juin 2019, et seulement six enfants ont été entendus, semant le doute sur la prise en charge des victimes. Plus tard, des alertes médicales et des signalements de lésions physiques chez des enfants ont relancé le dossier, mais la police a fait preuve de réticence à progresser.
Une agent de la brigade de protection des mineurs aurait même décliné de prendre d'autres plaintes, affirmant que cela ne l'intéressait pas.
Dysfonctionnements dans l'enquête
À la surprise des familles, les auditions ont été réalisées sans les protocoles adaptés, comme le protocole Nichd, crucial pour recueillir efficacement les témoignages d'enfants. Diane témoigne d’une enquête amateure, soulignant qu’une perquisition effectuée chez le suspect a été précédée d'un alertement par courrier. Ce manque de diligence dans le traitement des plaintes soulève des questions importantes sur la capacité des institutions à gérer ce type d'affaires.
Un appel à l'action
Le collectif Sos périscolaire dénonce le fait que certaines victimes n'avaient pas été entendues jusqu'à deux ans après les premiers signalements. Les familles s'inquiètent de la crédibilité de leurs enfants et de la lenteur du processus judiciaire. "Tant que les institutions ne croiront pas les enfants, et tant que la justice continuera d’émettre des non-lieux, les pédocriminels continueront d’agir en toute impunité dans nos écoles" déclare un parent, appelant à un changement urgent.
* Les prénoms ont été modifiés.







