Découvrez comment un marchand de cigares revendique ses origines haïtiennes.
Souvent, lorsqu'on aborde l’histoire de la France coloniale, l’accent est mis sur l’émigration vers les colonies entre le XVIIe et XIXe siècles. Cependant, le parcours de retour est moins fréquemment évoqué. Un exemple illustratif est celui de la famille Tinchant, qui a fait son apparition en Béarn dans les années 1830-1840. Selon les travaux des historiens Jean Hébrard et Rebecca J. Scott, jettant une lumière fascinante sur cette histoire, l'ascendance haïtienne de ces colons mérite d'être explorée. En se basant sur un courrier d’Édouard Tinchant, marchand de cigares établi à Anvers en 1899, ils ont retracé l'histoire de sa famille à travers cinq générations. La matriarche, Rosalie, esclave d’origine peule, avait été amenée à Cuba par son maître après avoir fui Saint-Domingue. Elle a donné naissance à leur fille, Elizabeth, avant de migrer vers la Nouvelle-Orléans.
Elizabeth, mère d’Édouard Tinchant, a pris une décision cruciale en 1840 : fuir la Louisiane face aux tensions raciales croissantes. Elle et son époux, Jacques, d’origine vosgienne, ont ainsi cherché refuge près de Jurançon, où ils ont renforcé leurs liens familiaux avec Louis Duhart, le second mari de la mère de Jacques. Leur fils Pierre a épousé une jeune femme de Gan, Zoé Bonnafon, accentuant encore plus les racines béarnaises de la lignée.
Les Tinchant se sont établis au domaine de Pédemarie, une terre riche en ressources. Édouard, né à Gan en 1841, et ses quatre frères ont été éduqués dans le prestigieux collège royal de Pau, sous la direction de Paul Challemel-Lacour. Ce parcours scolaire a ouvert la voie à une réflexion critique sur l'éducation provinciale durant la Monarchie de juillet et la Deuxième République, tout en faisant écho à l'influence de la presse locale. Par exemple, le Mémorial des Pyrénées a publié en feuilleton La Case de l’oncle Tom dès 1852, abordant des thèmes républicains qui résonnaient fortement à cette époque.
« De l’esclavage à la liberté, l’odyssée des Tinchant, 1793-1945 » de Jean Hébrard et Rebecca J. Scott, Éd. Gallimard, 448 p., 25 €.







