Le groupe Nosoli, qui regroupe les enseignes Furet du Nord et Decitre, a annoncé des fermetures dramatiques : 11 de ses 27 magasins vont fermer, entraînant la suppression de jusqu'à 163 emplois. Cette décision, communiquée mardi, témoigne d'une crise persistante dans le secteur des librairies en France.
Parmi les librairies en difficulté, on trouve sept magasins Furet du Nord, dont deux situés dans la banlieue lilloise (Roubaix et Villeneuve-d'Ascq) et trois en Ile-de-France (Aéroville à Roissy, Saint-Quentin-en-Yvelines et Plaisir). Un magasin est également concerné dans le Pas-de-Calais (Béthune) et un à Reims.
Le sort des quatre librairies Decitre est similaire : l'une à Grenoble, une autre à Saint-Étienne et deux à Lyon, y compris la célèbre librairie historique de la place Bellecour. Lors d'une visite des lieux, un journaliste de l'AFP a constaté la fermeture temporaire de cette dernière, affichant un message sur sa vitrine indiquant une réouverture prévue le 1er juillet.
Avec ces 11 librairies, 115 salariés seront directement affectés. Toutefois, Nosoli prévoit également des ajustements dans d'autres points de vente restants et dans ses fonctions support.
En difficulté financière, le groupe, en redressement judiciaire depuis le 1er juin, a révélé un chiffre d'affaires de 150 millions d'euros en 2025. Le secteur des librairies en France fait face à des défis croissants, notamment à cause de la concurrence accrue du commerce en ligne et d'une baisse continue de la lecture sur support papier.
La fermeture de librairies n'est pas un phénomène isolé. En avril, le groupe Gibert, premier libraire indépendant du pays, a lui aussi été placé en redressement judiciaire et cherche à se recentrer sur le marché des livres d'occasion. La librairie indépendante Sauramps, à Montpellier, âgée de 80 ans, est également en proie à des difficultés financières, ayant demandé une procédure similaire récemment.
Déjà en 2024, le groupe Nosoli avait supprimé 50 postes, avec la fermeture de trois librairies Furet du Nord à Lille, Paris et Beauvais, ainsi que deux magasins Decitre à Annemasse (Haute-Savoie) et Bezons (Val-d'Oise).
Le Furet du Nord, fondé à Lille en 1921, a été pionnier en France avec son modèle de librairie en libre-service en 1959. Son vaisseau-amiral de Lille, qui a été le plus grand librairie du monde dans les années 1990, est devenu un symbole de la culture littéraire locale. Pierre Scherer, un habitant de Lille, décrit le Furet du Nord comme une institution indissociable de la ville, tandis que Marion De Wilde, résidente de Roubaix, exprime sa tristesse face aux fermetures, évoquant une perte culturelle significative.
Nosoli, dans cette phase de restructuration, espère restaurer sa compétitivité pour assurer la pérennité de ses activités. Actuellement employant environ 600 personnes, le groupe cherche à minimiser les impacts sur l'emploi par le biais de reclassements. Son projet de redressement mettra l'accent sur la diversification de son offre (papeterie, jeux, produits divers), l'investissement dans le numérique, et un renforcement des relations avec des acteurs professionnels comme les bibliothèques et écoles.
Franck Brunet, délégué CFDT du Furet du Nord, souligne que la situation est en partie due à une désaffection pour la lecture, mais insiste également sur des erreurs de gestion comme le manque de trésorerie et l’abandon du programme de fidélité, entraînant un cercle vicieux. Bien que la décision de fermer des magasins soit difficile à accepter, il reconnait qu’elle pourrait être nécessaire pour assurer la survie de l’ensemble du groupe.







