À partir du 3 juin dans les salles, Toutes mes sœurs propose un regard touchant sur l’adolescence féminine en Iran. Ce documentaire illustre les effets de l’éducation, des traditions et des moments historiques sur la vie intime de jeunes filles et de femmes.
En filmant ses nièces Zahra et Mayha, de leur petite enfance à leur entrée dans l'âge adulte entre 2007 et 2025, Massoud Bakhshi reflète les aspirations d'une génération confrontée aux turbulences sociopolitiques, jusqu’au mouvement actuel Femme, vie, liberté.
Le réalisateur, qui avait précédemment exploré les thèmes du pardon et des relations familiales dans ses fictions, comme Une famille respectable et Yalda, la nuit du pardon, aborde ici la quête de justice des jeunes Iraniennes à travers le prisme documentaire.
Courrier International : Avez-vous toujours eu l'intention d'en faire un film en filmant vos nièces ?
Massoud Bakhshi : Oui, au début, je souhaitais me concentrer sur l'enfance jusqu'à 7 ans. Mais une fois qu’elles ont commencé l'école, j’ai réalisé que leurs expériences et les changements sociétaux étaient trop précieux pour ne pas les capturer à ce stade. L'Iran, avec sa jeunesse vibrante, est un pays en perpétuelle évolution.
En grandissant, les mentalités évoluent. J’ai observé les réactions de mes nièces face à des événements récents, comme le mouvement Femme, vie, liberté, et cela a enrichi mon documentaire.
Votre choix de concentrer la caméra sur vos nièces, incluant des scènes où elles commentent elles-mêmes ces souvenirs, a-t-il une signification particulière ?
Mon intention était de mettre en lumière comment les événements extérieurs influencent leur identité. Le film commence dans l'obscurité et se termine sur une note d'ouverture, symbolisant leur émancipation. En les impliquant dans le processus de montage, j’ai pu engager un dialogue sur leur consentement et leurs impressions.
Vous dévoilez une intimité familiale peu commune en Iran. Comment envisagez-vous votre rôle de cinéaste ?
Cette question d'éthique est centrale. J’ai choisi d’illustrer la complexité de la société iranienne. À travers mes nièces et leurs discussions avec leur famille, j'ai voulu montrer que le dialogue intergénérationnel est essentiel, même si cela défie les stéréotypes. Il est important de comprendre que la jeunesse est consciente des enjeux contemporains.
Ce qui m'a frappé, c’est leur besoin de liberté à travers l’art. Par exemple, Mayha, à 16 ans, prend des leçons de guitare et compose des chansons engagées. Ce désir d'expression artistique prouve que cette génération, souvent jugée comme déconnectée, est en réalité très proactive et éclairée.
En tant que cinéaste, mon rôle est d'engager des discussions et de favoriser le dialogue entre les générations, un besoin crucial pour une société iranienne en mutation. L'art peut réellement être un moteur de changement, malgré les défis que rencontre le peuple iranien, comme les conflits politiques.
Courrier International est partenaire de ce film.







