Les entreprises du bâtiment en Picardie, notamment dans la Somme, subissent de plein fouet les hausses de coûts causées par la situation géopolitique au Moyen-Orient. L'annonce récente du gouvernement concernant le "prêt flash carburant" destiné à certaines petites et moyennes entreprises du secteur n'a pas réussi à convaincre les acteurs du BTP, qui restent sceptiques face à cette mesure.
Selon le ministre de l'Économie, certaines PME du bâtiment pourront bénéficier de ce prêt, similaire à ceux accordés aux agriculteurs ou aux transporteurs routiers. Cependant, ce soutien est loin de rassurer les entrepreneurs, comme le souligne Céglyne Barrier, présidente de la Fédération nationale du bâtiment en Somme : "Cette mesure est incompréhensible et n’apporte aucune solution concrète. Nous sommes déjà en difficulté de trésorerie; un prêt supplémentaire pour compenser les hausses de carburant n'est pas la réponse adéquate." Elle réclame plutôt une baisse des prix du carburant, qui impacte directement les déplacements sur les chantiers et les livraisons de matériaux.
Frédéric Bousignière, dirigeant de Bouffel TP à Doullens, fait écho à ces inquiétudes en notant que les coûts des produits bitumeux ont augmenté de 15 à 20 % en raison du climat inflationniste actuel. Il mentionne également que les clients particuliers deviennent plus prudents, ce qui accentue la pression sur les marges des entreprises. "Nous devons être ingénieux, comme durant le Covid, pour trouver des solutions d'optimisation dans nos opérations,” explique-t-il.
Ménages en difficulté avec des projets stagnants
Frédéric Bousignière s'inquiète également de la complexité croissante des permis de construire, exacerbée par des projets de non-artificialisation des terres, qui pèsent sur l'activité du bâtiment. Le constat est similaire pour Yann Fourny de Menuiserie Fourny, qui observe une baisse notable des sollicitations : "Nous avons subi une chute d'activité au cours des derniers mois; les appels d'offres sont devenus rares, ce qui ne fait qu’aggraver la situation financière de nos chantiers."
Yann signale une augmentation des coûts des matériaux tels que la quincaillerie et la peinture, atteignant jusqu'à 7 %, ce qui pourrait réduire sérieusement leur marge. Malgré leur besoin urgent d'aide, il n'est pas convaincu de l'efficacité du prêt flash carburant, qu'il qualifie de "recul pour mieux sauter". Les entreprises du BTP en Picardie se trouvent donc à un carrefour délicat, cherchant des solutions à court terme tout en naviguant dans un environnement économique instable.







