Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, connu pour ses réflexions sur la résilience, a récemment publié un ouvrage intitulé « Au saccage des petits bonheurs ». Dans cet ouvrage, il aborde des thématiques cruciales allant de la dépression au suicide, mettant en lumière ce qu'il appelle une « décivilisation » de nos comportements. Pour lui, il est impératif de réinventer notre civilité afin de mieux coexister en société.
Pourquoi notre société semble-t-elle en détresse, selon vous ?
Nous assistons à une fracture depuis les années 90, marquant un changement civilisationnel. J’ai été témoin de l'avènement des ordinateurs à la Cité des sciences à Paris ; à l'époque, les discussions tournaient autour de leur potentiel technique sans que l’on s'interroge réellement sur les conséquences. Aujourd'hui, nous sommes confrontés à un impact indéniable sur nos jeunes. En effet, l'usage excessif des écrans est désormais corrélé à des niveaux croissants de dépression, un constat alarmant selon des études récentes.
Quelles sont les conséquences réelles de cette utilisation des écrans ?
Les jeunes vivent sous l'emprise des écrans ; leur rapport aux autres est en mutation. Plus de trois heures d’écran par jour augmentent le risque de dépression de manière significative. De plus, des recherches révèlent que l'exposition précoce aux écrans entrave le développement du langage chez les jeunes enfants, entraînant des retards de maturation. Pour pallier ces effets, il est essentiel d'intégrer d'autres activités culturelles et sociales.
L’usage des écrans peut-il être considéré comme totalitaire ?
Effectivement, cela rappelle les idées de George Orwell où le monologue médiatique devient la seule vérité. En vieillissant, j’observe que les discours qui évoquent une unique vérité rappellent des tendances autoritaires : ‘Je suis votre leader et je détiens la vérité’. Cette dynamique présente des analogies troublantes avec certains discours politiques contemporains.
Trump est psychopathe. Ce n'est pas une folie, mais un trouble lié à l'éducation.
Est-il juste d'accuser certains dirigeants d'être fous ?
Dire que Donald Trump est fou peut sembler simpliste. Pour moi, il s'agit d'un comportement psychopathe, révélateur d'un manque d'empathie. Il semble régi par l'instant présent, prônant une vision matérialiste où le dollar devient sa seule référence.
Cette rhétorique l'a pourtant porté au pouvoir…
L'attrait pour un discours totalitaire réside dans sa simplicité. Il ne demande aucune réflexion, seulement la soumission. Des figures historiques comme Hitler et Staline ont prospéré grâce à ce type de rhetoric, nourrissant un sentiment d'appartenance qui anesthésie la critique et toute forme de dissidence. Les régimes totalitaires désignent toujours un ennemi, un bouc émissaire, pour maintenir le contrôle.
Sommes-nous en route vers un désastre ?
Il y a eu des périodes plus sombres. Toutefois, la solitude représente une véritable menace neurologique. Les structures familiales se fragilisent, entraînant anxiété et désespoir. Les taux de suicides et d'agressions sexuelles sont révélateurs. Les enfants, même en période de paix, subissent des effets dévastateurs constatés en temps de guerre. La montée du mal-être chez les jeunes femmes est particulièrement alarmante.
Vous établissez un lien entre rituels de civilisation humains et comportements animaux. Quelle en est la portée ?
Les animaux jouent un rôle crucial dans la compréhension de l'attachement. Isolés, ils révèlent des dysfonctionnements. Ce constat est similaire pour l’enfant humain. Si nous ne formons pas notre jeunesse à penser de manière écosystémique, nous risquons de rencontrer de graves problèmes environnementaux, mettant en péril tant notre santé que celle de la planète.
Les animaux ont-ils beaucoup à nous apprendre ?
Charles Darwin affirmait que nous faisons partie intégrante du vivant. Sa vision a été travestie par des théories de domination. Or, sa pensée prônait la coopération. En comprenant le fonctionnement des écosystèmes, nous réalisons qu’en respectant et préservant chacun, nous garantissons notre propre survie.







