Guerre au Moyen-Orient : tensions croissantes au sein des monarchies du Golfe

Le conflit au Moyen-Orient exacerbe les rivalités historiques entre pétromonarchies du Golfe.
Guerre au Moyen-Orient : tensions croissantes au sein des monarchies du Golfe
Sommet d'urgence arabo-islamique de 2025 à Doha, le 15 septembre 2025. - SAUDI PRESS AGENCY / AFP
Les relations avec Israël, les postures face au conflit et les lignes de fracture des six pays arabes du Golfe sont révélées par les événements récents au Moyen-Orient. Les rivalités entre les géants pétroliers, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, s’intensifient.

Dans un climat d'incertitude généré par les tensions entre Téhéran et Washington, et à la suite des menaces de Donald Trump, les pays du Golfe se retrouvent dans une position délicate. Alors que la guerre au Moyen-Orient s'intensifie, leurs divergences historiques deviennent de plus en plus visibles, comme le souligne Jean-Paul Ghoneim, chercheur associé à l'Iris, qui indique : "Les disparités dans leurs approches ne datent pas d'hier, mais le conflit exacerbe ces divisions."

Le premier point de dissension se concentre sur la réponse à cette guerre, qui affecte économiquement et militairement toutes ces nations. Tandis que le Qatar, Oman, le Koweït et l’Arabie saoudite appellent au dialogue, d’autres comme Bahreïn et les Émirats arabes unis, cordonnés avec les États-Unis et Israël, adoptent une attitude plus agressive.

Des relations hétérogènes avec Téhéran

Cette situation est le reflet de contextes historiques variés. Bien que les six pays partagent une coexistence séculaire avec l'Iran au sein du Conseil de Coopération des pays du Golfe (CGG), leurs relations sont teintées de nuances. Par exemple, le Koweït mise sur sa tradition diplomatique tandis qu'Oman s'efforce de maintenir sa neutralité. De son côté, le Qatar a considérablement renforcé ses liens avec Téhéran durant le blocus que ses voisins ont imposé entre 2017 et 2021.

Pour l’Arabie saoudite, Téhéran incarne un rival à abattre, tout en cherchant à garantir la stabilité régionale. Dans ce cadre, Riyad a collaboré avec l'Égypte, la Turquie et le Pakistan pour tenter de faciliter un dialogue entre Téhéran et Washington.

A l’heure actuelle, malgré une politique de modération affichée par certains pays comme le Koweït et le Qatar, la menace iranienne pèse lourdement. Comme l’a rapporté NBC News, l'Arabie saoudite a récemment interdit aux États-Unis d'utiliser ses bases, ce que certains experts interprètent comme une tentative de renforcer son autonomie.

Le 28 février dernier, suite à des frappes américaines contre Téhéran, des drones iraniens ont été déployés dans le Golfe. Les Émirats et Bahreïn, plus avancés dans leur opposition à Téhéran, ont été touchés bien plus que leurs voisins.

D’emblée, ce conflit a exacerbé des rivalités existantes, par exemple entre le Bahreïn, avec sa majorité chiite hostile à un pouvoir sunnite, et les Émirats, qui voient l'Iran comme une menace directe.

Cible de représailles

Les Émirats arabes unis affichent une position plus militante, ayant été par ailleurs la cible d'environ 3 000 attaques depuis le début de l'opération américano-israélienne. Les drones iraniens n'ont pas épargné non plus les infrastructures civiles de Dubaï, perçues comme le symbole de la stabilité régionale.

Téhéran a récemment intensifié ses offensives, ciblant même un site pétrolier à Fujaïrah, bien que des tentatives de cessez-le-feu soient en cours. Abdulkhaleq Abdulla, expert en sciences politiques des Émirats, réagit : "Nous sommes sûrement une cible de choix, chaque acte de colère d'Iran sera dirigé vers nous."

Rivalité attisée entre Émirats et Arabie saoudite

La relation entre les Émirats et Israël, scellée par les accords d'Abraham, est mal perçue par d'autres pays du Golfe. L'Arabie saoudite, tout en tentant de préserver son identité régionale, distille une hostilité croissante à l’égard de l’État hébreu. Récemment, un universitaire influent de Riyad a qualifié Abou Dhabi de "cheval de Troie" d’Israël.

Les désaccords ne s'arrêtent pas là. L’Arabie saoudite se montre réticente à une action agressive contre l'Iran, tandis que les Émirats plaident pour une intervention préventive, craignant que le statu quo ne s’effondre. La fracture se perçoit également économiquement, les Émirats quittant l’OPEC pour s’affirmer comme acteurs autonomes sur le marché pétrolier, un mouvement interprété comme une rivalité croissante.

Frédéric Schneider du Middle East Council on Global Affairs souligne que cette guerre ne fait qu'aggraver la pression économique sur les pays du Golfe, chacun craignant de voir ses intérêts compromis par de possibles attaques. Les défis à venir s'annoncent multiples, alors que le Moyen-Orient traverse une période d'incertitude sans précédent.

En surface, ces nations maintiennent l’apparence d’une unité lors de leurs réunions, mais les tensions palpables entre elles, conjuguées à la dynamique instable avec Téhéran, laissent augurer d'une turbulence durable.

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