Le climat social est tendu à l'usine Dumarey d'Andrézieux-Bouthéon, où des salariés en grève expriment leur frustration face à une direction qu'ils accusent d'avoir sciemment mené l'entreprise à la faillite. Réunis sous des chapiteaux devant l'usine, des employés jouent aux cartes tout en discutant de l'avenir incertain qui les attend.
Dimitri, un travailleur de longue date, partage son inquiétude : "C'est compliqué parce qu'on va perdre notre emploi donc il faut qu'on se batte pour obtenir quelque chose. Il faut établir un rapport de force. C'est ce qu'on est en train de faire avec la direction". À ses côtés, Mehdi ne cache pas son amertume, déclarant : "Ils nous ont tué notre boîte. Une boîte qui tournait plutôt bien depuis longtemps. Ils nous ont dilapidés. Ils nous ont vendu du rêve et Dumarey est venu pour nous liquider".
Rachetant l'usine de fabrication de boîtes de vitesses pour poids lourds en octobre 2023, Dumarey avait promis de préserver l'emploi jusqu'en 2027. Pourtant, au moment des négociations sur le Plan de Sauvegarde de l’Emploi (PSE), les dirigeants tentent de convaincre les employés de renoncer à cette garantie d'emploi. Orlando Da Silva de la CFDT le dénonce : "Pour financer le PSE, ils veulent mettre ça dans un compte fiducie. Mais pour accepter la fiducie, il faut que les salariés renoncent à la garantie d'emploi. C'est un chantage".
Dumarey sous pression
Les syndicats, particulièrement la CFE-CGC, espèrent obtenir une prime de licenciement plus élevée. Selon Alexandre Balian, "Nous insistons sur l'ancienneté, avec une somme forfaitaire par année d'ancienneté. Nous savons que Dumarey a les moyens de financer cette prime supralégale". Il souligne que de simples primes ne suffisent pas, réclamant également des congés de reclassement prolongés.
La situation actuelle dans le secteur industriel complique la recherche d'un nouvel emploi pour ces travailleurs, comme le note Jean-Pierre Rodriguez, délégué syndical CGT : "C'est une entreprise qui est sur site depuis les années 70 qui a toujours fonctionné. On a des compétences énormes, des machines performantes et il y a de l'argent et un terrain. Ce site industriel meurt malheureusement". Rodriguez observe également que Dumarey a un passé troublé, rappelant qu'il est surnommé le "Tapie belge" pour sa manière de gérer les entreprises qu'il acquiert.
Alors que la grève se poursuit jusqu'à vendredi soir, les employés font preuve de solidarité, conscients que la lutte est loin d'être terminée. Ils se préparent à une semaine de congés imposés par la direction, mais restent déterminés à défendre leurs droits et l'avenir de l'entreprise.







