Propos recueillis par Aude Lorriaux
L'essentiel
- Selon Michael Seto, directeur de recherches à l’Institut de recherche en santé mentale de l’Université d’Ottawa, la moitié des consommateurs de pédopornographie en ligne ont déjà commis des abus sur des enfants.
- Pour limiter les risques de récidive, il insiste sur l’importance d’outils d’évaluation des risques, tout en soulignant qu’une surveillance rigoureuse est nécessaire, car environ 25 % des délinquants récidivent.
- La question de la garde parentale pour ces individus doit être soigneusement évaluée.
La montée du numérique a un revers inquiétant : une abondance sans précédent de contenus pédocriminels sur la toile. Véronique Béchu, directrice de l’Observatoire des violences numériques faites aux mineurs, estime qu’il y aurait près de 2,6 millions de pédocriminels en ligne dans le monde. En France, l'Office des mineurs (OFMIN) a enregistré plus de 318 000 signalements en 2023, représentant une moyenne de 870 signalements par jour, plaçant la France au rang de quatrième pays mondial en termes de contenus pédocriminels.
Bien que le lien entre la pédocriminalité en ligne et les abus physiques soit souvent négligé, des études montrent que de nombreux délinquants passent à l'acte. Un exemple marquant est celui du docteur Le Scouarnec, initialement condamné pour pédopornographie avant que de multiples abus sur ses jeunes patients ne soient révélés.
Les pédocriminels en ligne passent-ils à l'acte dans la vie réelle ?
Une étude menée en 2011 a révélé que 55 % des pédocriminels en ligne avaient avoué avoir commis des infractions sexuelles impliquant un contact physique avec un enfant. Ce chiffre est bien au-delà des antécédents judiciaires recensés. Le constat reste pertinent aujourd'hui.
Quelles mesures peuvent réduire ce risque ?
Il existe plusieurs approches pour minimiser les risques. Un outil d’évaluation des risques que j'ai co-développé, le Child Pornography Offender Risk Tool, permet d'analyser des facteurs comme l'âge, le passé judiciaire et les motivations sexuelles. Des traitements visent aussi à traiter les causes sous-jacentes de l'intérêt sexuel pour les enfants.
La surveillance demeure essentielle. Nos recherches montrent que bon nombre de pédocriminels sous contrôle judiciaire enfreignent leurs interdictions, avec environ un quart revenant à consulter des contenus pédopornographiques.
Les consommateurs de pédopornographie peuvent-ils conserver l'autorité parentale ? Quels risques courent leurs enfants ?
Les individus condamnés uniquement pour des infractions liées au matériel pédopornographique sont moins susceptibles de récidiver par rapport à ceux ayant des antécédents d'abus. Néanmoins, il existe un risque que ces personnes abusent des enfants ou créent du matériel pédopornographique impliquant leurs propres enfants.
Je ne suis pas en faveur d'une interdiction systématique de la garde parentale ; chaque cas doit être analysé par un magistrat pour prendre une décision éclairée en prenant en compte tous les faits. Une interdiction totale pourrait même empêcher certains enfants de signaler des comportements suspects, craignant de perdre le contact avec leur parent.







