Le Tribunal judiciaire de Paris a récemment condamné le bailleur du Luminor, le dernier cinéma indépendant du Marais, à verser près de 800 000 euros d’indemnité d’éviction. En réponse, le cinéma a décidé de faire appel tout en continuant ses activités.
Souvent considéré comme un phare culturel, le Luminor, situé rue du Temple, est résistant depuis plus de six ans face à un conflit judiciaire avec son propriétaire. Le 9 avril, le tribunal a décidé que le bailleur devait indemniser le Luminor, mais une somme jugée insuffisante par le personnel du cinéma. Sur Instagram, le Luminor a annoncé le 26 avril qu'il ferait appel de cette décision, poursuivant ainsi son combat.
Un bras de fer qui dure depuis six ans
La saga judiciaire a commencé en mars 2020, lorsque Cinéma de l’Hôtel de Ville, le propriétaire, a annoncé qu’il ne renouvelait pas le bail commercial de 2008, offrant une indemnité symbolique d’un euro. Les propriétaires envisagent de transformer l'espace, maintenant prisé, en bureaux et commerces. Selon des représentants de la holding Sofra, le loyer de 80 000 euros est « cinq à sept fois inférieur » aux tarifs actuels du quartier.
François Yon, gérant du Luminor, déclare : « Ce n’est pas nous qui avons déclenché cette procédure, mais les propriétaires. Ils veulent la fermeture de notre cinéma. C’est d’autant plus tragique que cela appartenait jadis à leur grand-père, un passionné du septième art. »
Un expert judiciaire a évalué l’indemnité d’éviction dans une fourchette de 825 000 à 1,8 million d’euros, mais le dossier est finalement arrivé devant le tribunal en 2022, alors que le Luminor a lancé une campagne pour mobiliser le public autour de la défense des salles de cinéma indépendantes. Accueillant chaque année 100 000 spectateurs, le Luminor est loin d'être en difficulté, comme le souligne son gérant.
Une décision controversée
Le 9 avril, le tribunal a arrêté l’indemnité à près de 800 000 euros, assortie de frais d’occupation de 70 000 euros par an. Le tribunal a rejeté plusieurs demandes du propriétaire, dont l'expulsion immédiate. Ce dernier avait accusé le Luminor d'organiser une campagne de dénigrement à son encontre, mais cette accusation a été balayée par le tribunal, qui a qualifié les actions des employés de « mobilisation militante classique » pour la culture.
« Cette indemnité est loin d'être équitable, » souligne François Yon. « Elle doit être suffisamment conséquente pour entraver les projets immobiliers qui risquent de réduire notre espace à un simple magasin de marque. »
Appel à l'action des élus
Le Luminor a donc décidé de faire appel, et grâce à la suspension de l'exécution provisoire par le tribunal, le cinéma peut continuer ses activités durant la durée de la procédure. « Cela pourrait nous donner environ deux ans, » affirme le gérant. Le Luminor espère tirer parti de cette période, car le nouveau Plan local d’urbanisme de Paris, adopté en décembre 2024, offre des protections aux salles de cinéma indépendantes en cas de non-renouvellement de bail.
Toutefois, le Marais est actuellement exempté de cette réglementation. « Nous sommes dans une zone où le PLUb n'est pas appliqué, » déplore le gérant. Il appelle les élus parisiens à agir rapidement pour négocier la mise en œuvre de ces protections essentielles pour les acteurs culturels de la ville.







