La situation pénitentiaire en France suscite un profond malaise chez les avocats d'Amiens. Me Marc Blondet, qui a près de quatre décennies d'expérience dans le droit pénal, évoque une « dégradation » alarmante des conditions de détention. Selon lui, cette réalité dépasse la simple privation de liberté : « C’est une atteinte aux droits fondamentaux de l'homme », déclare-t-il à ICI Picardie. La maison d'arrêt d'Amiens, qui devrait accueillir 268 individus, en compte près de 600, ce qui représente un taux d'occupation supérieur à 220%. Ce phénomène de surpopulation carcérale n'est pas un cas isolé, mais reflète un problème systémique à l'échelle nationale.
Me Blondet souligne des conditions de vie inacceptables : « Vous ne devez pas vivre à quatre dans une cellule de 9 m². Certains détenus jouissent de moins d'espace que mon chien ! » Des récriminations partagées par ses confrères, comme Me Stéphane Daquo, qui souligne que la période de « calme » en matière de surpopulation carcérale semble révolue. « Depuis 2010, la situation s’est aggravée, et pourtant, l’opinion publique a l’impression que les juges sont moins sévères. C’est tout le contraire », déplore-t-il.
La Cour Européenne des Droits de l'Homme a déjà condamné plusieurs fois la France pour la qualité des soins en prison, qualifiés d'« inhumains et dégradants ». Me Florine Talon, avocate spécialisée en droit pénal depuis 2019, témoigne des effets dévastateurs que la surpopulation a sur la santé mentale des détenus. « Les tensions sont inévitables dans une promiscuité si accentuée. C'est comme une cocotte-minute », affirme-t-elle. Cet état des lieux est d’autant plus inquiétant alors que le budget pour les soins psychiatriques est insuffisant.
Me David Dalmaz, qui a visité des clients récemment, décrit également un environnement carcéral délabré : « Parfois, il suffit d’un coup de peinture et l’on prolonge la détention. En moyenne, nous nous situons autour de 210% de taux d’occupation. » Il ajoute que la dignité humaine est un droit cruciale, même en détention.
« Nous avons une population de détenus avec des troubles psychiatriques qui ne devraient pas être là », déclare Me Guillaume Demarcq. Ce point souligne l’urgence de la situation dans laquelle se trouvent les détenus, souvent relégués dans un système qui n’assure ni la sécurité ni le soin adapté. « Une prison doit être un dernier recours, mais pour beaucoup, c'est devenu un hôpital psychiatrique », conclut-il.
Le chemin vers un changement nécessaire
La réforme établie par le ministère de la Justice, visant à prolonger les peines d'incarcération, suscite également une grande inquiétude parmi les avocats. « Nous devons trouver des alternatives plutôt que d'accroître le taux d'incarcération. La France doit se diriger vers une réhabilitation, non une punition systématique », martèle Me Talon. La solidarité des avocats d'Amiens prend donc la forme d'un appel à l'action pour repenser l'approche pénitentiaire et garantir le respect des droits humains des détenus.
Dans un contexte où le sentiment public envers la justice est teinté de méfiance, ces avocats plaident pour une politique plus humaine et rationnelle, se basant sur des exemples de réinsertion réussie dans d’autres pays européens. Les avocats d’Amiens espèrent que leur voix contribuera à faire avancer cette cause essentielle.







