Une enquête investigative de la chaîne américaine CNN, enrichie des recherches des journalistes allemandes Isabell Beer et Isabel Ströh, met en lumière un réseau numérique insidieux, surnommé « l'académie du viol mondiale ». Ce système coordonné permet à des milliers d'hommes d'échanger des méthodes et des contenus pornographiques, impliquant des femmes droguées à leur insu. Cette investigation, qui s'étend sur plusieurs mois, évoque une réalité internationale troublante, rappelant l'affaire Gisèle Pelicot en France. De nombreux hommes, issus de divers milieux, utilisent des forums privés, des groupes Telegram et des sites pornographiques pour partager des conseils sur la sédation chimique de leurs partenaires et, dans certains cas, pour diffuser des vidéos de leurs attaques.
un marché de la soumission chimique en libre accès
Contrairement aux idées reçues, une partie de ce contenu circule sur des plateformes facilement accessibles. Par exemple, le site pornographique Motherless.com héberge plus de 20 000 vidéos classées sous le terme « sleep content », totalisant des centaines de milliers de vues. Dans ces vidéos, les agresseurs vérifient l'inconscience de leurs victimes avant de passer à l'acte. Plus alarmant encore, des sessions en direct sont monétisées via des cryptomonnaies pour environ 20 dollars par spectateur. Sur Telegram, les réseaux de soumission chimique se structurent : des individus proposent des substances « insipides et inodores » expédiées à l'international pour 150 euros, garantissant que les victimes « ne se souviendront de rien ». Ce site s'autoproclame « sans morale », avec une majorité d'utilisateurs basés aux États-Unis, ayant enregistré 62 millions de visites durant le seul mois de février.
des traumatismes durables et des arrestations
Cette enquête met également en avant les voix des victimes dont la vie a été bouleversée. En Italie, Valentina évoque les difficultés de prouver de tels crimes en l'absence de preuves physiques : « J'ai eu de la chance de trouver ces vidéos, sinon cela aurait été difficile à croire. » En Angleterre, Zoe Watts a découvert que son mari lui avait administré, pendant seize ans, les somnifères de leur propre fils. « On craint de marcher seule vers sa voiture le soir, mais on ne se méfie pas de la personne auprès de laquelle on dort », confie-t-elle. Son agresseur a été condamné à onze ans de prison. Les journalistes ont également identifié un suspect en Pologne, nommé Piotr. Après avoir récolté ses aveux sur ses méthodes de dissimulation dans des échanges en ligne, l'équipe a pu le localiser dans un restaurant avec son épouse et alerter les autorités locales.
Malgré les condamnations, telles que celles survenues lors du procès de Mazan en France, l'anonymat offert par ces plateformes et le sentiment de « fraternité » parmi les utilisateurs rendent le démantèlement de cette « académie » particulièrement difficile pour les forces de l'ordre. Les conséquences d'un tel réseau s'étendent bien au-delà de l'écran, touchant de nombreuses vies.







