Avec dix tonnes de cocaïne interceptées dans un conteneur l'année précédente, suivies de treize tonnes en seulement trois opérations en février dernier, le port de Dunkerque est devenu, selon des experts, une des principales routes d'entrée de cette drogue en France.
Pour la brigade des douanes, un scanner mobile acquis récemment a révolutionné leurs méthodes. En seulement trois minutes, ce véhicule peut scanner deux conteneurs, fournissant des imageries précises pour identifier les éventuels envois illégaux.
« Sans notre scanner, le processus de vérification pouvait prendre des heures », explique Pierre Laurent, chef de division des douanes à Dunkerque. Toutefois, dans le vaste périmètre du port, ces rares contrôles lui semblent dérisoires face à l'afflux incessant des milliers d'autres conteneurs.
En 2025, le trafic à Dunkerque a atteint près de 750 000 conteneurs de type « équivalent 20 pieds » (EVP), un chiffre historique. Avec l'ouverture prévue d'un nouveau terminal en 2029, la capacité devrait s'élever à deux millions d'EVP par an, se rapprochant de celle du port du Havre.
« Notre objectif est de déceler la fraude tout en soutenant le commerce légal du port », affirme Pierre Laurent. Un défi de taille, surtout puisque les saisies de cocaïne continuent d'augmenter alors même que le port de Dunkerque se développe.
La situation est préoccupante. En mars 2025, la douane a découvert dix tonnes de cocaïne en une seule saisie, représentant un tiers des saisies nationales de l'année précédente, avec 31 tonnes. En 2025, Dunkerque a enregistré une montée spectaculaire du trafic, tandis que Le Havre, autre port clé, a vu ses saisies tomber à un niveau historiquement bas.
Samuel Finielz, procureur de Lille, parle d'une « inversion de tendance » entre les deux ports. Toutefois, ce dernier tempère : « Nous ignorons combien de cocaïne échappe à notre contrôle ». Frédérique Durand, directrice régionale des douanes, souligne que l'augmentation des saisies à Dunkerque découle des mesures renforcées appliquées par des ports concurrents comme Anvers et Rotterdam, incitant les narcotrafiquants à explorer d'autres itinéraires.
« La nature a horreur du vide », affirme Samuel Finielz, précisant que la cocaïne qui arrive à Dunkerque est généralement destinée à d'autres marchés, notamment belge et britannique.
Les dockers, ainsi que tous les acteurs du port, sont donc exposés aux risques de manipulation par les narcotrafiquants, prévient le procureur. C'est pourquoi, face à ces enjeux, une brigade spéciale sera mise en place à Dunkerque à partir du 1er septembre. Ce changement s'avère essentiel pour Frédérique Durand, qui souligne l'importance d'être intégré dans l'écosystème portuaire pour optimiser la surveillance.







