Face à la montée des enseignes de restauration rapide comme Poulet Master, l'économiste Pascale Hébel souligne l'importance de ne pas perdre de vue la question de la précarité alimentaire en France. Alors que le prix des repas continue d'augmenter, la nécessité d'une politique alimentaire équitable devient cruciale.
« Il est essentiel de comprendre que le débat est excessivement simplifié », affirme Pascale Hébel. Aujourd'hui, un repas chez Poulet Master peut être proposé à 7 euros, tandis qu'un menu similaire chez un géant du fast-food peut atteindre 13 euros. « D’un point de vue nutritionnel, la question est plus complexe. Parfois, un poulet frit dans de l'huile végétale n'est pas plus néfaste que d'autres options de viande », explique l'experte. Le cœur du problème réside plutôt dans l'accès à une alimentation abordable.
Les chiffres sont préoccupants : près de 30 % de la population a du mal à se nourrir correctement depuis la crise sanitaire, selon une étude de l'Observatoire des vulnérabilités. L'insécurité alimentaire touche particulièrement les jeunes, avec un taux atteignant 56 % chez les 18-24 ans il y a trois ans. « Les jeunes travailleurs, souvent mal payés, se retrouvent dans une situation délicate », précise Hébel.
« L'équilibre nutritionnel est l'une des principales victimes de cette précarité », assure l'économiste. De nombreuses études révèlent que manger sainement coûte généralement plus cher, ce qui entraîne une dégradation progressive de la diète des plus précaires. Le coût des fruits et légumes frais, par exemple, reste un frein à une alimentation équilibrée.
Certains s'interrogent également sur le rôle de la mairie de Saint-Ouen dans cette situation, l'accusant de vouloir gentrifier la ville en écartant ces enseignes populaires. « Ce débat est complètement déconnecté de la réalité », réagit Pascale Hébel. « L'argument de la santé publique, utilisé de manière tellement sélective, n'est pas juste, surtout quand on fait face à un besoin réel de solutions économiques pour se nourrir. »
Hébel propose des solutions concrètes, comme la mise en place d'une « sécurité sociale de l'alimentation », permettant à chaque citoyen d'avoir accès à un budget pour des produits sains, locaux ou bio. Les collectivités ont aussi un rôle déterminant à jouer par le biais des cantines scolaires. « Une meilleure accessibilité à une alimentation de qualité est primordiale », conclut-elle. Il est urgent d'agir pour revoir le Programme National Nutrition Santé, qui accuse un retard considérable.







