Paris (France) – Le livret A semble avoir perdu de son attrait : pour la première fois depuis 2015, les retraits ont dépassé les dépôts sur ce produit d'épargne emblématique. Selon des données de la Caisse des dépôts (CDC), cette décollecte nette de 2,12 milliards d'euros en 2025 est un épisode inédit, surtout dans un paysage d'épargne où la concurrence de l'assurance-vie se renforce.
Stéphane Magnan, directeur financier du fonds d'épargne de la CDC, a qualifié ce phénomène de "retour de balancier logique" lors d'une conférence de presse. Notez que ce produit, qui compte 57 millions de détenteurs et totalise près de 450 milliards d'euros d'épargne, a prospéré pendant des années, notamment grâce à la pandémie de COVID-19 qui a boosté les dépôts.
Bien que la capacité d'épargne des Français demeure robuste, avec près d'un euro sur cinq mis de côté selon l'Insee, l'intérêt pour le livret A a été terni par la baisse de son taux de rémunération, passé de 3 % à 1,7 % l'année dernière.
Perspectives moroses
Les produits concurrents comme les fonds euros d'assurance-vie affichent un rendement moyen de 2,65 %, selon des experts en épargne. Bien que soumis à des prélèvements sociaux pouvant atteindre 30 %, ces produits semblent attirer davantage les épargnants. La fédération professionnelle France Assureurs doit révéler, la semaine prochaine, des résultats prévisionnels de collecte nette pour l'assurance-vie à hauteur de 50 milliards d'euros en 2025.
Une nouvelle réduction du taux du livret A à 1,5 % prévue en février ne devrait pas changer la donne, estime Marc Campi, associé chez Square Management, qui souligne que peu de banques promeuvent le livret A, jugé coûteux.
De plus, des acteurs économiques comme le ministère de l’Économie et la Banque de France encouragent de plus en plus les investissements dans des placements risqués pour financer les entreprises, reléguant le livret A au second plan.
La CDC doit également répondre à des appels pour une transparence accrue concernant l'utilisation des fonds du livret A et du livret de développement durable et solidaire (LDDS), dont l'affectation dans des entreprises reste obscure.
Le LEP à la peine
Le LDDS a légèrement mieux performé, affichant une collecte nette positive de 1,65 milliard d'euros en 2025. En fin d'année, les deux produits cumulés représentaient 615,2 milliards d'euros et ont rapporté 12,64 milliards d'euros d'intérêts, d'après la CDC.
Concernant le livret d'épargne populaire (LEP), bien que son taux soit de 2,5 % à partir du 1er février, il a également subi une décollecte nette de 840 millions d'euros l'année dernière, principalement en raison d'une radiation de titulaires devenus inéligibles en raison d'une augmentation de leurs revenus.
Actuellement, seulement 12 millions de personnes détiennent un LEP, bien loin des 31 millions qui pourraient en bénéficier en France. "Il y a un réel besoin d’améliorer la communication sur le LEP pour encourager les ouvertures", a déclaré M. Magnan.







