Paris (France) (AFP) – Neuf mois avant le célèbre acte de désobéissance civile de Rosa Parks, une adolescente afro-américaine, Claudette Colvin, a bravé les lois racistes en refusant de céder sa place à une femme blanche dans un bus de Montgomery, Alabama. Son acte audacieux a contribué à mettre en lumière la lutte contre la ségrégation dans les transports en commun du Sud des États-Unis. La fondation de Colvin a récemment annoncé son décès à l'âge de 86 ans, saluant son rôle en tant que véritable pionnière des droits civiques.
Bien que Rosa Parks soit souvent mise en avant comme le symbole de la résistance pacifique, l’histoire de Claudette Colvin mérite également d’être racontée. En mars 1955, alors collégienne de 15 ans et proche de la NAACP (l'Association nationale pour l'avancement des personnes de couleur), elle a défié les lois de ségrégation sur la même ligne de bus que celle de Parks. “Lorsque le bus a descendu la rue principale, et que des passagers blancs sont montés, le conducteur a exigé que je laisse mon siège. J’ai répondu que j’avais payé ma place et que c'était mon droit constitutionnel,” avait-elle déclaré lors d'une interview avec l'AFP.
Un acte de rébellion et ses conséquences
Son refus lui a coûté une arrestation brutale, elle a été menottée et emmenée dans une voiture de police, un moment qu'elle a décrit comme terrifiant. “J’ai commencé à pleurer, l’angoisse m’a submergée,” a-t-elle confié à NPR. Libérée peu après grâce à une mobilisation communautaire, elle a fait face à des violences verbales et a finalement été condamnée pour divers chefs d’accusation, dont celui de trouble à l’ordre public.
Les conséquences de son acte n’ont pas tardé à se faire sentir : adolescente enceinte d’un homme plus âgé, son statut de figure de proue pour la cause des droits civiques a été compromis. Rosa Parks a alors pris le relais, apportant une visibilité et une légitimité qui ont galvanisé le mouvement, expliquant que son âge et son allure semblaient mieux correspondre à l'idée d'une figure héroïque.
La lutte pour la justice continue
Malgré la condamnation de Parks, qui a été chassée de Montgomery, le cas de Claudette Colvin et de trois autres femmes a été pris en charge par la NAACP, menant à une victoire importante : le 5 juin 1956, la cour fédérale a déclaré la ségrégation dans les bus inconstitutionnelle. La Cour suprême a confirmé cette décision en novembre de la même année.
Cependant, pour Colvin, la vie personnelle est restée tumultueuse. Après avoir déménagé à New York en 1958, elle s’est éloignée des projecteurs. C'est seulement des décennies plus tard, en 2005, qu'elle a exprimé sa fierté pour son rôle, en soulignant : “Je me sens comme l'étincelle qui a aidé à initier ce mouvement.” Son histoire, souvent éclipsée, invita à repenser notre compréhension du mouvement des droits civiques et à repositionner les contributions de figures comme Colvin au premier plan de ce chapitre historique.
Comme l’a mentionné l’historien David Garrow, “la véritable histoire de la lutte pour les droits civiques est composée des nombreux visages de ceux qui ont osé se lever contre l'injustice.” En redécouvrant Claudette Colvin, nous nous rappelons que chaque voix compte dans la quête de justice et d'égalité.







