La question de la responsabilité de la commune de Beauvais et du conseil départemental de l'Oise dans la mort d'Eliott Caron, survenue lors des inondations de juin 2021, a été au centre des débats d'une audience qui s'est tenue le 1er avril dernier au tribunal administratif d'Amiens. Le jugement est attendu sous quinzaine.
"S’il y avait eu un grillage et de l’éclairage ce soir-là, jamais Eliott ne serait tombé dans la rivière." Ces mots de Me Ludivine Bidart-Dècle, avocate des parents d'Eliott, illustrent l'angoisse et la colère de la famille face à cette tragédie survenue le 21 juin 2021. Eliott, âgé de 17 ans, fêtait la fin de ses épreuves du baccalauréat avec des amis, après avoir consommé de l'alcool. Leur soirée de célébration a rapidement pris un tournant fatal alors qu'un déluge s'abattait sur la région, provoquant des crues.
Des fortes précipitations, estimées entre trois et six centimètres, ont plongé plusieurs communes de l’Oise dans le chaos, entraînant des alertes de catastrophe naturelle. La rivière Thérain a débordé, rendant la zone autour du parking où se trouvaient les adolescents particulièrement dangereuse. Au cours de leur tentative pour se mettre à l'abri, Eliott a emprunté un pont obscur et mal signalé, une configuration que son avocate décrit comme périlleuse : "Il est extrêmement compliqué de faire la différence entre la berge, le pont et le muret dans l'obscurité, ce qui a amené Eliott à chuter dans la rivière".
La famille estime responsables la Ville de Beauvais et le Département de l'Oise
Les parents d’Eliott ont porté plainte contre la Ville de Beauvais, propriétaire du pont, et le Département de l’Oise, gestionnaire des berges. Ils estiment que les défaillances de ces institutions sont à l’origine de l’accident. "La visibilité était mauvaise et les abords du pont n'étaient pas éclairés," souligne la rapporteure publique, qui précise que les conditions météorologiques étaient bien connues et que des alertes avaient été diffusées sur les réseaux sociaux.
De plus, elle souligne l'absence de signalisation appropriée pour alerter les usagers du danger. Il s'agit d'un constat partagé par plusieurs experts, qui jugent qu'un aménagement adéquat aurait pu prévenir cette tragédie. "Le pont et la berge ont concouru à parts égales de la survenue de l’accident," note-t-elle, rappelant que la configuration des lieux était particulièrement risquée en raison des intempéries.
Cependant, la magistrate a aussi évoqué le "manque de vigilance" de la victime, qui aurait consumé une quantité importante d'alcool ce soir-là, atteignant un taux de 1,53 g par litre de sang. Selon elle, Eliott, qui ne connaissait pas les lieux, a fait preuve d'imprudence en se précipitant sans attendre ses amis. Cette observation soulève la question de la responsabilité de l’adolescent, que la rapporteure publique estime à "50%".
Le taux d'alcool du jeune homme pointé par la rapporteure publique et l'avocat du Département
L’avocat du conseil départemental, quant à lui, cherche à mettre l'accent sur la responsabilité d’Eliott, arguant que l’accident est avant tout le résultat de la négligence de la victime. "Cet accident est, à l’évidence, la faute de la victime qui a été imprudente et ivre", déclare-t-il. Ce point de vue suscite des tensions avec la famille, qui insiste sur le fait qu’en l'absence de protections adéquates, la tragédie aurait pu être évitée.
Me Bidart-Dècle défend que "Eliott n'était pas ivre, il était alcoolisé," soulignant une distinction importante. Elle reste convaincue que les autorités doivent être tenues responsables dans cette affaire, car les aménagements de sécurité étaient inexistants à l'époque des faits. "La responsabilité de la Ville de Beauvais et du Département est entière," affirme-t-elle, tout en rappelant que d'autres accidents similaires ont déjà eu lieu à cet emplacement.
Le tribunal administratif d’Amiens devrait rendre ses conclusions d’ici 15 jours, un délai durant lequel la famille d'Eliott espère obtenir justice et reconnaissance des véritables causes de ce drame.







