Un rapport récent de la Cour des comptes, publié ce 1er avril, appelle à une refonte des aides publiques attribuées à l’achat de véhicules électriques, afin de mieux en faire profiter les foyers à faibles revenus. Malgré un investissement de 18 milliards d’euros depuis 2018, l’efficacité du dispositif est remise en question, avec des résultats décevants sur le plan industriel et environnemental.
Essentiel à retenir
De 2018 à 2024, 18 milliards d'euros ont été alloués à l'industrie automobile, mais la production a chuté de 59 % depuis 2000, rendant l'objectif de 2 millions de véhicules électriques pour 2030 quasiment inaccessible.
Le rapport indique qu'en 2024, un tiers des aides a profité aux ménages les plus riches, ce qui soulève des questions sur l'équité du bonus écologique actuellement en vigueur.
Pour améliorer la balance commerciale (prévue à -22,5 milliards d'euros en 2024), il est crucial de privilégier des modèles plus accessibles. L'Ecoscore, introduit en 2023, a déjà permis de faire passer la part des véhicules subventionnés produits en France de 10 % à 38 %.
Les diverses subventions gouvernementales destinées à dynamiser le secteur automobile n'ont pas réussi à inverser la tendance du déclin industriel ni à atteindre les objectifs fixés pour les véhicules électriques. Ainsi, la Cour des comptes insiste sur la nécessité d’adapter les aides pour qu'elles bénéficient principalement aux ménages modestes.
Les aides d'État, totalisant 18 milliards d'euros entre 2018 et 2024, ont été orientées vers près de 2,4 millions de bénéficiaires, mais principalement envers les foyers mieux lotis. Les aides destinées aux entreprises, quant à elles, ont atteint 8,2 milliards d'euros, signalant une distribution déséquilibrée des ressources.
Une baisse alarmante des ventes
Malgré ces investissements, le marché des véhicules neufs stagne, avec seulement 1,6 million de ventes prévues en 2025, contre 2,2 millions en 2019. La production a reculé de 59 % entre 2000 et 2024 et la montée en puissance des fabricants chinois pose un défi supplémentaire pour l'industrie française.
“Nous ne répondrons probablement pas à l’objectif de 40 % de véhicules électriques d'ici 2027”, alerte Carine Camby, présidente de la première chambre de la Cour. “Seulement 180 000 véhicules électriques et 300 000 hybrides ont été produits en 2024, ce qui témoigne d'un grand retard par rapport aux ambitions de France 2030.”
Le rapport suggère d'attribuer la prime à l'achat, actuellement fixée à 3 500 euros, majoritairement aux ménages modestes, avec des primes pouvant atteindre 4 700 euros pour les ménages dits non précaires et jusqu'à 5 700 euros pour les ménages précaires.
Vers un soutien ciblé
En 2024, 83 % des 205 000 voitures électriques achetées ont bénéficié d'une aide d'un montant total de 1,25 milliard d'euros. Cependant, 56 % des véhicules concernés et 33 % des montants ont été accordés à des ménages parmi les plus aisés. Cette réalité pose la question de l'efficacité des aides en place.
Christine Lavarde, sénatrice et rapporteuse spéciale, souligne que “une aide de 1 000 euros sur un achat de 47 000 euros n'est pas déterminante”. Elle préconise de restrindre l'éligibilité aux ménages modestes et à la classe moyenne, afin de majorer les montants d’aide et d'augmenter le soutien à l'achat de véhicules utilitaires légers pour les petites et moyennes entreprises.
Le leasing social en zone rurale, un modèle à suivre
Le rapport propose également de réduire le plafond de prix pour les véhicules éligibles à la prime et au leasing social, favorisant ainsi des soutiens pour des modèles plus accessibles. Lavarde a mis en avant le succès du leasing social, notoirement plus accessible dans les zones rurales.
De plus, l'Ecoscore a permis une augmentation significative dans la part des véhicules subventionnés produits localement, passant de 10 % à 38 % en l'espace de deux ans, excluant par là tous modèles importés, notamment ceux en provenance de Chine. Malgré les inquiétudes entourant la création d'emplois liés à cette transition, le rapport souligne qu'il pourrait y avoir une perte de 40 000 emplois, mais avec une possibilité de créer jusqu'à 35 000 nouveaux postes.







