Mercredi, le tribunal judiciaire de Cayenne a pris une décision marquante en déclarant Raymond Maufrais, explorateur emblématique, officiellement mort. Ce dernier avait disparu dans la jungle guyanaise en janvier 1950, laissant derrière lui une énigme qui aura perduré pendant 76 ans. Sa dépouille, malgré des recherches approfondies, n’a jamais été retrouvée.
"Il aurait 99 ans aujourd'hui, ça laisse peu de place au doute," a affirmé la présidente du tribunal, Naïma Sajie, en prononçant "la mort de Raymond Maufrais au 13 janvier 1950". Cette date est le dernier chiffre inscrit dans ses carnets de route, retrouvés quelques mois après sa disparition et plus tard compilés en un ouvrage.
Les recherches menées par son père, Edgar, qui a parcouru la Guyane, le Brésil et le Suriname pendant près d'une décennie, n'ont pas permis de mettre la main sur son corps. Naïma Sajie a justifié cette décision en se basant sur l'article 88 du Code civil, permettant la déclaration d'un décès lorsque le disparu est dans des circonstances mettant sa vie en péril et que son corps reste introuvable. Bien que cette décision revête une grande signification symbolique, elle offre enfin une forme de closure aux proches de l'explorateur.
Un explorateur face à la survie
Raymond Maufrais était passionné par l'aventure, tentant de rallier le Brésil en solitaire en traversant le cœur de la Guyane. À partir de la côte, il a navigué sur la rivière Mana et s'est rendu à Maripasoula à pied avant de disparaître alors qu'il s'éloignait vers l'est de la Guyane. Dans ses carnets, où il partageait ses pensées, il évoque des jours désespérés marqués par la maladie et la faim, ainsi que le moment où il a hélas dû abattre et consommer son chien pour survivre.
Une déclaration au long cours
En 76 ans, la question de sa disparition n'avait jamais été officiellement posée. Ses parents avaient longtemps refusé d'accepter l'absence de leur fils unique, et Maufrais, ne laissant aucune descendance, n’avait pas permis de relancer cette procédure. Ce sont finalement les membres de l’Association des amis d’Edgar et Raymond Maufrais (AAERM) qui ont pris l’initiative de saisir la justice. Son président, Geoffroi Crunelle, a révélé qu’il avait eu cette idée lors d’un voyage à Camopi et a déclaré : "En cherchant, je me suis aperçu que n'importe qui pouvait initier cette démarche".
Bien que cette déclaration de décès soit tardive, elle reste principalement symbolique. Le registre de naissance de Maufrais, établi à Toulon, sera désormais complété pour inclure sa date de décès, tout comme celui de la commune de Camopi où il est désormais reconnu comme décédé.
"Dans le mystère de la forêt amazonienne, nous avons perdu un écrivain et un explorateur," a déclaré la présidente du tribunal. Ses exploits d’aventurier ont inspiré de nombreux ouvrages, ainsi qu’un film intitulé "La vie pure", sorti en 2015.







