Romain Boyer, ancien gendarme de 28 ans ayant servi en Gironde entre 2020 et 2023, a récemment décidé de porter plainte contre ses supérieurs. Cette démarche, révélée par Rue89 Bordeaux, fait écho aux préoccupations croissantes sur les conditions de travail au sein de la gendarmerie, où les départs, incluant démissions et départs anticipés, ont augmenté de 25 % en quatre ans selon des données du Sénat.
Boyers'est vu engagé en tant que gendarme adjoint volontaire après avoir été réserviste dès l’âge de 18 ans. Son rêve de servir en tant que gendarme a pris un tournant tragique lors d'un déploiement à Nantes en mai 2023, pendant une manif qui a dérapé. Touché par un cocktail Molotov, il a subi de graves blessures, et malgré des douleurs considérables, il a été contraint de reprendre le service peu de temps après l'accident, craignant de perdre son logement de fonction.
« Quand j'ai été blessé, au lieu d'être retiré du service, ils ont voulu que je retourne au front. C’était un environnement où je ne pouvais pas dire non, » raconte Boyer, qui a vu ses problèmes de santé ignorés au profit d'une pression incessante pour revenir au travail.
Sur ce constat, il témoigne de ses expériences traumatisantes, notamment des brimades et des pressions psychologiques. « J’étais devenu un poids pour eux. Je ne rentrais plus dans le moule. On m’a même dit : ‘Si tu te suicides, ce ne sera pas un problème, je l'assumerai.’ C'est inacceptable », ajoute-t-il, déplorant le climat de peur et d’intimidation qui règne dans certains rangs de l’institution.
Boyers'est finalement engagé dans une procédure contre son commandant et son adjudant, dénonçant des violences au travail, des pressions psychologiques, et un harcèlement systématique. L'avocat du plaignant, Me Thibault Laforce, a déclaré que cette plainte illustre une culture profondément ancrée de soumission et d'humiliation qui semble imprégner la gendarmerie. « Pour obtenir de bons militaires, on favorise des méthodes dégradantes. C'est une mentalité dépassée qui doit être remise en question », a-t-il affirmé.
Alors que Boyer s'est désormais reconverti dans un autre secteur près de Montpellier, il reste marqué par son expérience, ne parvenant pas à se réconcilier avec ses souvenirs de gendarme. Sa plainte, tout en étant un acte personnel, soulève des questions plus larges sur la culture organisationnelle au sein de la gendarmerie et la nécessité d’une réforme profonde. Le Monde souligne également que les témoignages de harcèlement au sein des forces de l'ordre sont bien plus répandus qu’on ne le pense, rappelant qu'une enquête interne pourrait être nécessaire pour adresser ces questions au sein de l'institution.







