Andréa Bescond, réalisatrice et comédienne, s'est exprimée sur franceinfo vendredi 12 juin, en abordant la lourde ombre portée par le drame de Lyhanna. Cette tragédie a suscité une vive émotion, tant au sein de la population que chez les artistes et personnalités engagées. Ce texte reprend des extraits de son interview. Cliquez sur la vidéo pour la visionner intégralement.
Les obsèques de Lyhanna, une fillette de 11 ans, sont prévues pour aujourd'hui dans le Gers, une semaine après la découverte de son corps. La famille, représentée par ses avocats, a demandé à ce que son intimité soit respectée en cette période difficile. L'association des maires du Gers a également demandé que les drapeaux soient mis en berne dans toutes les mairies du département. Quel état d'esprit vous habite, à l'approche des obsèques?
Andréa Bescond : Je ressens une grande tristesse, comme beaucoup de Français je suppose. Je pense à la famille de Lyhanna et à tous les espoirs qui étaient placés en elle. Ce qui est encore plus dévastant, c'est de réaliser qu'une fois de plus, c'est un système défaillant qui a coûté la vie d'une enfant. Les manques de budget, de moyens et de mentalité au sein de la justice et de la police sont alarmants. C'est un problème politique qui nécessite une réponse urgente.
Suite à l'interdiction de la manifestation que vous aviez organisée, vous avez été placée en garde à vue. Comment avez-vous vécu cette expérience?
Éprouvante, sans aucun doute. Ce n'était rien d'autre qu'une détention arbitraire. Il est à noter que la procureure de la République de Paris a depuis classé les poursuites sans suite. La situation est exacerbée par une pression constante sur les forces de l'ordre, qui réagissent face à un désespoir généralisé des services publics. Bien que j'estime que des erreurs ont été commises, je ne cherche pas à entamer une action contre la police. Cette détention a mis en évidence des dysfonctionnements importants.
Vous avez évoqué des lacunes systémiques au sein de la justice. Que signifie exactement cette notion?
Le principal problème réside dans le fait que les professionnels sont contraints de gérer des volumes de travail énormes, sans soutien adéquat. En conséquence, les décisions doivent être prises avec des informations incomplètes. Par exemple, un juge pourrait décider de prioriser un cas d'abus parental immédiat au détriment d'autres situations aussi graves. Cette réalité met en lumière la nécessité de réformer notre approche face à la difficulté de traiter chaque dossier de manière juste.
Mais au-delà du système judiciaire, la société dans son ensemble doit-elle aussi se remettre en question, notamment concernant la protection des enfants?
Absolument. La question de l'inceste doit être abordée frontalement. La place de l'enfant dans notre société est trop souvent négligée. Des statistiques montrent qu'un enfant est tué tous les cinq jours par un parent. Chaque année, 60 000 enfants sont victimes de violences. Nous exigeons l'adoption d'une loi intégrale qui pourrait prendre en compte ces enjeux dans leur globalité et s'attaquer à la racine des problèmes.
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