À Sulina, le point le plus à l'est de la Roumanie, Roxana Saraev refuse de se laisser submerger par l'anxiété engendrée par les bombardements en Ukraine, à quelques kilomètres seulement. Cet espace de tranquillité, qu'elle a découvert il y a cinq ans, est devenu chez elle.
« Le conflit pèse comme une menace omniprésente et instille un malaise permanent », partage Roxana, 32 ans, qui a ouvert une boutique de bijoux sur les rives du Danube en février. Malgré les tensions, elle demeure déterminée à rester dans cette ville paisible.
Au cours des quatre dernières années, la Roumanie, qui partage 650 km de frontière avec l'Ukraine, a enregistré 28 incursions dans son espace aérien et 47 débris de drones retrouvés sur son sol, selon le ministère de la Défense. Le dernier incident remonte au 29 mai, lorsqu'un drone russe a explosé à Galati, blessant une femme et un adolescent, un événement sans précédent dans le pays depuis le début du conflit.
Lors de son passage à Sulina début mai, l'AFP a constaté une atmosphère de bout du monde, marquée par un calme troublant. Catalin Cosma, un jeune guide kayakiste de 33 ans, témoigne : « Lors d'une sortie, j'ai vu des frappes de drones sur le port ukrainien de Vylkove. C'était terrifiant. »
La guerre, paradoxalement, redonne espoir à certains habitants. Sulina pourrait revoir son port relancer son activité, un souvenir prestigieux du passé. À l'aube du XXe siècle, la ville traitait 50% des exportations de céréales du Danube. Son déclin a commencé après les années 1920 et s'est achevé après la chute du régime communiste.
Depuis l'invasion ukrainienne, la ville a profité du blocus russe des ports ukrainiens, permettant une augmentation du trafic fluvial. En 2023, 4 300 navires ont navigué sur le canal de Sulina, contre seulement 1 800 en 2021. Violeta Hubati, retraitée de 70 ans, se rappelle : « Avant la Révolution de 1989, le port était bondé. »
Cependant, avec la sécurisation d'un corridor maritime par l'Ukraine, le trafic a diminué pour s'établir à 2 700 navires prévus en 2025. Un projet de dragage, à hauteur de 24 millions d'euros, financé en partie par l'UE, devrait revitaliser le port et permettre de traiter jusqu'à 15 millions de tonnes de cargaisons par an.
« Nous remettons Sulina sur la carte de l'Europe », affirme Dragos Ionita, directeur de l'administration de la zone franche, soulignant l'importance du port pour l'État ukrainien.
Le quai récemment modernisé semble désert, et des facteurs tels que l'augmentation des fonds européens ont permis d'améliorer la navigation nocturne. Adrian Maizel, de l'administration du bas-Danube, est optimiste : « Si le trafic augmente à nouveau, nous sommes prêts. »
En revanche, les dangers demeurent. La présence de débris de drones est de plus en plus fréquente, alertant les autorités. En 2025, la Roumanie a adopté une loi pour les abattre, mais cela n'a pas encore été mis en pratique. En avril, un incident à Galati avec un drone chargé d'explosifs a choqué la population. Mihaela, une femme de 47 ans, s'interroge : « Où sont les systèmes anti-drones ? Où est l'UE ? » Les autorités de l'OTAN travaillent pour renforcer leur dispositif de détection.
À Sulina, la vie continue. Le tourisme, actuellement l'activité principale avec la pêche, souffre des conséquences de la guerre. Pourtant, en mai, des passagers sont arrivés pour explorer les merveilles naturelles alentour.
Roxana Saraev, malgré les événements, observe que les visiteurs continuent de s'intéresser aux charmes de sa ville.







