Malgré son statut de champion mondial des énergies renouvelables, le Danemark est confronté à une saturation de son réseau électrique, particulièrement en ce qui concerne le solaire. Avec près de 90% de sa production électrique provenant de sources renouvelables, il n'est devancé que par l'Autriche au sein de l'Union européenne.
Sur le terrain, la situation se complique, notamment en raison du développement rapide de l'énergie solaire. Alors que l'éolien, pilier de la transition danoise, continue de dominer, le photovoltaïque devient un sujet de tensions croissantes.
Le problème réside principalement dans l'impact visuel. Dans certaines campagne, des villages entiers se retrouvent entourés de panneaux solaires, suscitant un rejet local. Lors d'un débat en 2024, Inger Støjberg, cheffe de file de la droite populiste, a utilisé une formule devenue populaire :
"Nous disons oui aux champs de blé mais nous disons non aux champs de fer".Le terme "jernmarker" ou "champs de fer" est ainsi devenu le mot de l’année, illustrant que le solaire est appréhendé non comme une solution, mais comme une menace.
Un mécontentement politique grandissant
Ce phénomène paradoxal découle du succès du solaire. Alors qu'il ne représentait que 4% de l’électricité produite en 2021, ce chiffre pourrait atteindre 13% d'ici 2025. Cependant, le reste du mix énergétique danois reste largement décarboné, l'éolien représentant environ 55 à 60% de l'électricité.
Des projets de panneaux solaires ont été annulés dans des villes comme Koge, Viborg et sur l'île de Samso, pionnière des énergies renouvelables. Comme l'indique un élu local : "Les panneaux sont devenus le symbole d'une élite politique qui prône une transition verte sans tenir compte des territoires ruraux". Le message est clair : "Mettez vos panneaux en ville, pas sur nos terres".
Les opposants décrivent ces installations comme "laides", nuisibles à la nature et dévaluant l'immobilier. Ces ressentis alimentent un sentiment d'abandon dans les communautés rurales. Ainsi, le chercheur Lukas Slothuus souligne que la droite populiste a réussi à capter ce mécontentement et à le transformer en force politique.
Inversément, les partisans du photovoltaïque rappellent que les panneaux occupent seulement 0,2% des terres agricoles, avec un tiers installé sur des toits, arguant que le débat est disproportionné par rapport à la réalité.
Historiquement, le Danemark a soutenu sa transition énergétique grâce à des mesures audacieuses, comme la première taxe mondiale sur la pollution agricole. Un sondage indique que 77% des électeurs soutiennent les projets d’énergies vertes, mais cette fracture est palpable dans les zones rurales, où plus de 80% des électeurs des partis populistes s'y opposent.
L'impact de la perception sociale
Le contexte a été bouleversé par l’impact des réseaux sociaux. Henrik Stiesdal, pionnier de l'éolien danois, symptomatise cette évolution :
"Ce qui a changé, c’est Facebook. Même si la majorité est favorable, une minorité organisée peut influencer le débat".
La viabilité économique du solaire pourrait également devenir un point de tension. Alors que les prévisions de croissance sont optimistes, la réalité montre une multitude de défis : faibles profits, saturation du réseau et une électrification trop lente. L’économiste Torsten Hasforth commente la question esthétique en se moquant des critiques :
"Les opposants adorent montrer des images de drones, mais personne ne vit dans un drone. Le pays est plat, il est facile de les dissimuler".







