Mazarin qualifiait la politique comme l'art de simuler et dissimuler le pouvoir. Des siècles plus tard, le défilé du 14 juillet semblera en être une illustration éloquente.
Près de 6.800 soldats défileront sur les Champs-Élysées, accompagnés par une trentaine de chefs d’État et de gouvernement de la coalition internationale. Emmanuel Macron déclarera que l’Europe s’affirme comme une puissance prête à défendre la paix et la liberté "au prix du sang s’il le faut".
Ces mots ont une portée considérable, mais une parade ne suffit pas à établir une véritable puissance militaire. Les images seront grandioses, mais la réalité est souvent moins glorieuse. Derrière le cérémonial, l’Europe demeure à la traîne en matière d'autonomie stratégique.
Le réveil européen est-il authentique ?
Il l’est assurément. Des pays comme la Pologne, l’Allemagne, les États baltes et les nations scandinaves rehaussent leur arsenal. Les budgets militaires s’accroissent rapidement, et la France a doublé ses investissements en dix ans. Par ailleurs, les Européens unissent leurs efforts pour soutenir l’Ukraine.
Le vocabulaire militaire évolue : on évoque maintenant des stocks de munitions, de défense aérienne, de drones, et de capacités d'intervention. Cela aurait semblé inimaginable il y a quelques années.
Cependant, il reste un écart gigantesque entre cette prise de conscience stratégique et la puissance opérationnelle.
Quels sont les manques ?
Presque tout ce qui permet de transformer des budgets en capacités militaires tangibles.
Les budgets sont en hausse, mais la production industrielle peine à suivre. Les volumes de missiles, d’intercepteurs, et de munitions font défaut. L’Europe reste dépendante des États-Unis pour des éléments cruciaux tels que le renseignement, la logistique et une partie de sa défense aérienne.
Un réarmement dispersé
Par ailleurs, l'Europe continue de se réarmer de manière désorganisée, chaque État protégeant jalousement ses propres intérêts industriels. Cela entraîne retards et surcoûts dans les programmes communs.
Le programme SCAF, censé incarner la souveraineté militaire franco-allemande, illustre parfaitement ces frictions et l'incapacité à coordonner les efforts industriels.
Le vrai défi commence maintenant : acheter européen, produire en série, passer des commandes à long terme, et envisager de nouvelles usines avant qu'elles ne deviennent indispensables. Il sera essentiel de bâtir une défense commune qui repose non seulement sur un financement, mais aussi sur une doctrine, une chaîne de commandement, une stratégie diplomatique, et un véritable consensus politique.
Selon Jean Monnet, l'Europe se construira « dans les crises » grâce aux solutions apportées. Aujourd'hui, elle a identifié la crise ; il lui reste à élaborer des solutions durables.







