Dans les rues animées de Nairobi, le doux murmure des motos électriques remplace progressivement le bruit assourdissant des moteurs à combustion. Ce changement, observé dans plusieurs pays d'Afrique, est amplifié par la guerre au Moyen-Orient, entraînant une flambée des prix de l'essence.
Wisly Onyaiti, un chauffeur de boda-boda, témoigne de cette transition. Possesseur de deux motos, il explique que les économies réalisées sur le carburant sont conséquentes, ne souhaitant pas revenir à une motorisation traditionnelle. "Toutes les réparations liées aux moteurs à combustion ont disparu", sourit-il, précisant qu'il consacre moins d'argent aux réparations et aux factures de carburant.
Avec sa moto électrique, M. Onyaiti économise quotidiennement environ 2.000 shillings (17 euros), une somme précieuse dans un pays où le salaire mensuel moyen est de seulement 100 euros. "Cela a tout changé pour moi", souligne-t-il.
Ce constat a gagné en pertinence avec l'intensification du conflit au Moyen-Orient, qui a provoqué une hausse des prix du carburant à l'échelle mondiale. Les ventes de motos électriques, déjà en pleine expansion, ont augmenté de 40% au cours des trois derniers mois, comme l'indiquent des marques telles qu'ArcRide, Ampersand et la start-up africaine Spiro, qui domine le marché des 'e-bikes' au Kenya.
- Économies significatives -
Dans l'usine de Nairobi de Spiro, une production de plus de 400 motos par jour témoigne d'une croissance exponentielle. Depuis son arrivée en septembre 2023, l'entreprise a vu ses ventes passer de 4.000 motos en 2024 à 14.000 en 2025, avec un objectif de 50.000 pour 2026.
Spiro, également actif en Ouganda, au Rwanda, et au Nigeria, estime que près de 100.000 de ses motos circulent dans les rues africaines, avec des ambitions de tripler ce chiffre d'ici fin 2026.
Au Rwanda, la ville de Kigali a interdit l'utilisation de motos thermiques, et l'Ouganda se fixe pour objectif une transition rapide vers l'électrique. Ce passage rapide aux motos électriques constitue un contraste avec l'Occident, où l'usage des motos est souvent associé à des déplacements récréatifs et non commerciaux. Hezbon Muse, président de l'Association de l'e-mobilité au Kenya, souligne que, sur le continent africain, la majorité des motos sont utilisées pour des activités commerciales.
Cette réalité économique rend les économies réalisées par les chauffeurs d'autant plus cruciales, d'autant plus que certaines motos sont disponibles à des prix très compétitifs, à partir de 650 euros.
- Un tournant technologique -
Les centres d'échange et de recharge de batteries se multiplient rapidement. À Nairobi, un échange de batterie peut se faire en deux minutes, coûtant environ 265 shillings pour une autonomie de 80 km, soit un coût bien inférieur à celui de l'essence.
Joe Croft, fondateur d'ArcRide, fait remarquer de manière ironique que le soutien des États-Unis à Israël a rendu les véhicules électriques plus attractifs. Vous l'aurez compris, l'argumentaire en faveur de l'électromobilité s'articule également autour de la préservation de l'environnement et de l'indépendance énergétique ; 100% du carburant au Kenya est importé, tandis que l'électricité produite localement est verte à 93%.
Ainsi, loin d'être une simple tendance, le passage à l'électrique en Afrique pourrait bien marquer le début d'une révolution durable, évoquant les avancées technologiques fulgurantes des années 2000, comme celle des téléphones mobiles. Raymond Kitunga de Spiro conclut en affirmant que le monde a encore à apprendre de l'Afrique, et envisage l'exportation de leurs innovations vers d'autres marchés, notamment en Asie.







