"J'appelle encore le gouverneur à baisser les taux, à maintenir le taux principal au plus bas". Andrej Babis, le Premier ministre tchèque, intensifie ses demandes vis-à-vis de la banque centrale. La dernière réunion de cette dernière a abouti à une stagnation des taux à 3,5 %, une décision qui ne satisfait pas le milliardaire, classé 7e fortune du pays avec un patrimoine estimé à 3,9 milliards de dollars.
Babis, désireux de voir les Tchèques bénéficier de taux d'intérêt aussi bas que ceux des autres pays européens, s’oppose à la position de la Banque centrale, qui doit faire face à l'inflation. Bien que la République tchèque ne soit pas membre de la zone euro et n’ait donc pas à suivre les décisions de la Banque centrale européenne (BCE), le récent maintien des taux européens à 2 % témoigne d'une situation monétaire prudente.
Le Premier ministre, qui a regagné le pouvoir en promettant des loyers moins chers et des emprunts plus accessibles, s'inspire clairement du modèle économique de Donald Trump. Ses slogans de campagne, tels que "silné Cesko" (République tchèque forte), traduisaient sa volonté de favoriser les dépenses des consommateurs. Babis se qualifie lui-même de "trumpiste et pacifiste".
Alors que la politique monétaire du pays a réussi à contenir l'inflation ces derniers trimestres, avec une hausse des prix projetée à 2,2 % pour 2027, l'augmentation des coûts de l'énergie génère des inquiétudes. Selon des experts économiques, maintenir les taux est essentiel pour éviter une rechute de l'inflation. Comme l'indique un analyste de la banque Raiffeisen, "baisser les taux dans un contexte d'incertitude mondiale serait imprudent".
Conditions économiques favorables
Babis, cependant, continue de faire pression sur la Banque centrale, arguant que les circonstances ne justifient pas le maintien des taux actuels. La République tchèque affiche une croissance robuste, de 2,6 % attendue en 2025, avec une prévision de 1,8 % pour cette année, et un rebond aux alentours de 2,4 % en 2027, selon l’Institut national de statistique.
La coalition conservatrice, formée en décembre dernier, milite également pour des mesures expansionnistes, notamment des investissements dans les infrastructures et une augmentation des salaires. Pourtant, elle a décidé de réduire le budget de la défense, ce qui soulève des questions quant à ses priorités.
À long terme, Babis souhaite axer les investissements sur l'éducation et accroître les fonds destinés à la recherche et au développement. La République tchèque dispose de marges de manœuvre que d'autres pays européens n'ont pas, avec un taux de chômage autour de 3 % et une dette qui ne dépasse pas 44 % du PIB.
Au final, la position de Babis vis-à-vis de la banque centrale soulève des interrogations sur l'équilibre à trouver entre relance économique et gestion des risques inflationnistes. Les économistes s'interrogent : jusqu'où ira cette pression politique face à la nécessité d'une politique monétaire rigoureuse ?







