Des iraniens plongés dans la ferveur spirituelle du hajj loin de la guerre

Au cœur du hajj, des iraniens trouvent répit entre ferveur spirituelle et tensions géopolitiques.
Des iraniens plongés dans la ferveur spirituelle du hajj loin de la guerre
©-, AFP - Des pèlerins iraniens au complexe de la Grande Mosquée à La Mecque, avant le pèlerinage annuel du Hajj, le 23 mai 2026 en Arabie saoudite

Hassan Qadiri vit le hajj avec une intensité particulière. Pouvoir échapper, le temps de ce grand pèlerinage musulman à La Mecque, à un Iran dévasté par des semaines de combats impitoyables est un immense soulagement pour lui.

Entre le début des hostilités fin février et le cessez-le-feu début avril, M. Qadiri et sa famille ont dû se cacher à chaque nouvelle salve de bombardements américano-israéliens sur leur ville d'Ispahan, située au centre de l'Iran.

"Ici, j'entends l'appel à la prière, pas les explosions", confie-t-il à l'AFP. "Je suis extrêmement heureux".

Tout comme de nombreux iraniens présents cette année, M. Qadiri et les siens séjournent dans un hôtel à proximité de la Grande mosquée de La Mecque, sous étroite surveillance des forces de sécurité saoudiennes, qui veillent à ce que les autres pèlerins ne s'approchent ni n'échangent avec les fidèles iraniens.

Ces précautions sont le résultat des tensions persistantes entre Riyad et Téhéran.

Après des semaines de bombardements, l'Arabie saoudite et ses voisins, alliés des États-Unis, ont été la cible de tirs de drones et de missiles iraniens, en réaction à l'attaque israélo-américaine du 28 février.

Cependant, Riyad s'efforce de maintenir une distinction nette entre politique et pèlerinage, et des milliers de fidèles iraniens continuent d'y participer.

"Les Saoudiens sont bienveillants avec nous et tout se passe à merveille", assure M. Qadiri.

Son épouse, qui préfère garder l'anonymat, arborant une abaya noire et un dossard turquoise portant la mention "Ispahan", évoque le hajj comme une échappatoire. "Être ici rend la guerre plus supportable", dit-elle.

Dans les rues de la ville sainte, les couleurs de l'Iran se mêlent à la ferveur du pèlerinage, visibles sur les sacs, vêtements et bus des pèlerins iraniens.

L'agence officielle iranienne, IRNA, rapporte que cette année, seulement 30 000 pèlerins iraniens prennent part au hajj, un chiffre bien en dessous des 86 000 escomptés, en raison de la situation conflictuelle.

- Point de tension -

Le hajj a souvent été un sujet de tension entre l'Iran, principalement chiite, et l'Arabie saoudite, majoritairement sunnite. Dans les années suivant la révolution islamique en Iran, des pèlerins iraniens ont été accusés par les autorités saoudiennes de provoquer des bousculades dévastatrices, mêlant insinuations politiques pendant le pèlerinage, un acte jugé tabou par les autorités religieuses à La Mecque.

Le dernier grand conflit remonte à 2015, où 464 iraniens furent parmi les 2300 pèlerins tués lors d'une bousculade tragique, l'un des événements les plus meurtriers de l'histoire du hajj.

L'année suivante, aucun pèlerin iranien n'a été autorisé à participer, après que les liens diplomatiques entre ces deux puissances du Moyen-Orient aient été rompus, puis rétablis en mars 2023.

Depuis lors, les relations entre Téhéran et Riyad ont été fragilisées par les frappes iraniennes sur des infrastructures saoudiennes et la perturbation du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, vital pour l'exportation énergétique des pays du Golfe.

- "Dépolitiser le hajj" -

L'Arabie saoudite tient à "dépolitiser le hajj" en interdisant les activités politiques ou slogans pendant le pèlerinage, souligne Umer Karim, spécialiste de la politique étrangère saoudienne à l'Université de Birmingham.

Dans un hôtel accueillant des pèlerins iraniens, des affiches en arabe et en anglais rappellent que "brandir des drapeaux politiques ou confessionnels ainsi que toute forme de slogans est interdit pendant le hajj", un avertissement précédemment diffusé par le ministère saoudien de l'Intérieur.

Les membres de la délégation officielle iranienne ont jusqu'à présent refusé de s'entretenir avec l'AFP.

Cette année, le hajj coïncide avec des espoirs de progrès dans les tensions entre Washington et Téhéran, destinés à aboutir à un accord de paix.

Malgré l'incertitude persistante et la menace d'une escalade de conflit, de nombreux iraniens trouvent du réconfort dans cette parenthèse spirituelle. "C'est merveilleux d'être ici pour le hajj", déclare Ali Reza, cigarette à la main devant son hôtel.

Pardis, une quadragénaire de Téhéran ayant perdu des proches lors d'une frappe aérienne, partage ce sentiment. "Je me sens en paix et en sécurité ici", ajoute-t-elle.

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