Le secteur de la construction subit les conséquences durables du choc énergétique. Alors que le BTP est maintenant inclus dans les aides gouvernementales pour le gazole non-routier à partir de mai, il fait face à une flambée des prix sur certains matériaux.
Produits bitumineux, PVC, isolants, et autres matières premières voient leur coût augmenter, atteignant des hausses de +35% pour certains matériaux, selon les fédérations professionnelles. Cependant, contrairement à la crise de 2022, l'absence de pénuries majeures rassure partiellement les acteurs du marché. La Fédération française des industriels de la préfabrication béton (FIB) avait mis en garde, fin mars, contre une "hausse inévitable" des coûts, annonçant des "répercussions directes sur le coût global des ouvrages" et des “arbitrages défavorables” dans les projets à venir.
"La situation actuelle pourrait remettre en question la dynamique constructive jusqu'en 2027, sans pour autant compromettre notre reprise", a indiqué l'Union nationale des industries de carrières et des matériaux de construction (UNICEM).
Face à ces hausses préoccupantes, la commission des affaires économiques du Sénat a sollicité, le 6 mai, l'Autorité de la concurrence pour analyser le fonctionnement de ce marché. Le sénateur Yves Bleunven a exprimé la volonté de "donner un cadre objectif au fonctionnement des marchés" et de trouver des solutions pour contrer une crise du logement qui impacte durement les citoyens.
La présidente Dominique Estrosi Sassone (LR) a souligné l'importance de maîtriser les coûts de construction pour ne pas compromettre la reprise économique fragile observée depuis un an. Or, les prévisions pour 2025 indiquent seulement 275,000 logements en chantier, bien en-dessous de l'objectif de 400,000.
Vers un observatoire des coûts des matières premières pour "éviter les effets d'aubaine"
Cette situation a ravivé le débat sur la création d'un observatoire des coûts des matières premières. Début avril, le ministre du Logement, Vincent Jeanbrun, avait indiqué vouloir travailler à cette initiative, fortement désirée par la Fédération française du bâtiment (FFB). Cet observatoire aurait pour mission d'établir une méthodologie commune pour évaluer si les hausses de prix sont justifiées ou si elles relèvent d'effets d'aubaine, une préoccupation essentielle dans le contexte économique instable.
Des outils d'analyse pilotés par l'Insee avaient été créés par le passé pour donner aux acteurs du BTP une meilleure visibilité. Toutefois, ces mesures n'ont pas été durables. Les sénateurs soulignent qu'aucun indice spécifique n'existe actuellement pour pallier ce manque de clarté face à la volatilité des prix, sur fond d'abandon de précédents projets.
Selon la FFB, un observatoire public pourrait offrir une continuité avec les pratiques existantes, permettant des révisions de prix basées sur les indices BTP calculés par l'INSEE.
Pour l'heure, aucune annonce précise n'a été faite concernant l'outil à mettre en place. En complément, l'évolution des taux d'intérêt reste à surveiller de près, car elle pourrait avoir des répercussions considérables sur le marché immobilier, même si, jusqu'à présent, les taux n'ont pas connu d'envolée spectaculaire.







